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En nombre de morts, le conflit israélo-arabe n'occupe que le 49e rang

par Gunnar Heinsohn et Daniel Pipes, FrontPageMagazine.com, 8 octobre 2007

Thème : Proche-Orient


Version originale anglaise: Arab-Israeli Fatalities Rank 49th

 

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Le conflit israélo-arabe est souvent désigné comme le plus dangereux de tous, et pas uniquement par des extrémistes, de sorte qu'Israël est considéré comme le pays le plus belligérant du monde.

Par exemple, le premier ministre britannique Tony Blair déclara devant le Congrès américain en juillet 2003 que «le terrorisme ne peut pas être vaincu sans la paix au Moyen-Orient entre Israël et les Palestiniens. C'est de là que vient le poison. C'est là que l'extrémisme est capable de perturber l'esprit d'un nombre effrayant de gens au point de confondre la plaidoirie en faveur d'un État palestinien avec la destruction d'Israël.» Ce point de vue conduit beaucoup d'Européens, entre autres, à considérer Israël comme le pays constituant la principale menace pour la paix dans le monde. 

Mais est-ce exact? Cette impression défie l'évidence bien connue selon laquelle les démocraties libérales ne sont pas agressives; de plus, elle suppose à tort que le bilan du conflit israélo-arabe est parmi les plus lourds en termes de vies humaines.

Pour mettre le bilan des affrontements israélo-arabes en perspective, l'un des coauteurs de la présente, Gunnar Heinsohn, a compilé des statistiques permettant d'établir un classement des conflits intervenus depuis 1950 en fonction du nombre de victimes humaines. Le conflit israélo-arabe n'apparaît, en gras, que très bas dans ce classement:

Conflits intervenus depuis 1950 et ayant fait au moins 10.000 victimes*

1 40.000.000 Chine communiste, 1949-76 (tueries pures et simples, famines provoquées, goulags)
2 10.000.000 Bloc soviétique: fin du stalinisme, 1950-53; post-stalinisme, jusqu'en 1987 (essentiellement les goulags)
3 4.000.000 Éthiopie, 1962-92: communistes, famines artificielles, génocides
4 3.800.000 Zaïre (Congo-Kinshasa): 1967-68; 1977-78; 1992-95; 1998 à nos jours
5 2.800.000 Guerre de Corée, 1950-53
6 1.900.000 Soudan, 1955-72; 1983-2006 (guerres civiles, génocides)
7 1.870.000 Cambodge: Khmers Rouges 1975-79; guerre civile 1978-91
8 1.800.000 Guerre du Vietnam, 1954-75
9 1.800.000 Afghanistan: tueries soviétiques et intestines, talibans 1980-2001
10 1.250.000 Pakistan occidental, massacres au Pakistan oriental (Bangladesh 1971)
11 1.100.000 Nigeria, 1966-79 (Biafra); 1993 à nos jours
12 1.100.000 Mozambique, 1964-70 (30.000) + après le retrait du Portugal 1976-92
13 1.000.000 Guerre Iran-Iraq, 1980-88
14 900.000 Génocide du Rwanda, 1994
15 875.000 Algérie: contre la France 1954-62 (675.000); entre les islamistes et le gouvernement 1991-2006 (200.000)
16 850.000 Uganda, 1971-79; 1981-85; 1994 à nos jours
17 650.000 Indonésie: marxistes 1965-66 (450.000); Timor oriental, Papouasie, Aceh, etc. 1969 à nos jours (200.000)
18 580.000 Angola: guerre contre le Portugal 1961-72 (80.000); après le retrait du Portugal (1972-2002)
19 500.000 Brésil contre ses Indiens, jusqu'en 1999
20 430.000 Vietnam, après la fin de la guerre en 1975 (propre population; «boat people»)
21 400.000 Indochine: contre la France, 1945-54
22 400.000 Burundi, 1959 à nos jours (Tutsis/Hutus)
23 400.000 Somalie, 1991 à nos jours
24 400.000 Corée du Nord jusqu'en 2006 (propre population)
25 300.000 Kurdes en Iraq, en Iran, en Turquie, années 1980-1990
26 300.000 Iraq, 1970-2003 (Saddam Hussein contre des minorités)
27 240.000 Colombie, 1946-58; 1964 à nos jours
28 200.000 Yougoslavie, régime de Tito, 1944-80
29 200.000 Guatemala, 1960-96
30 190.000 Laos, 1975-90
31 175.000 Serbie contre Croatie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, 1991-1999
32 150.000 Roumanie, 1949-99 (propre population)
33 150.000 Liberia, 1989-97
34 140.000 Russie contre Tchétchénie, 1994 à nos jours
35 150.000 Guerre civile libanaise, 1975-90
36 140.000 Guerre du Koweït, 1990-91
37 130.000 Philippines: 1946-54 (10.000); 1972 à nos jours (120.000)
38 130.000 Birmanie/Myanmar, 1948 à nos jours
39 100.000 Nord Yémen, 1962-70
40 100.000 Sierra Leone, 1991 à nos jours
41 100.000 Albanie, 1945-91 (propre population)
42 80.000 Iran, 1978-79 (révolution)
43 75.000 Iraq, 2003 à nos jours (troubles intérieurs)
44 75.000 El Salvador, 1975-92
45 70.000 Érythrée contre Éthiopie, 1998-2000
46 68.000 Sri Lanka, 1997 à nos jours
47 60.000 Zimbabwe, 1966-79; 1980 à nos jours
48 60.000 Nicaragua, 1972-91 (marxistes/autochtones, etc.)
49 51.000 Conflit israélo-arabe de 1950 à nos jours
50 50.000 Nord Vietnam, 1954-75 (propre population)
51 50.000 Tadjikistan, 1992-96 (laïques contre islamistes)
52 50.000 Guinée Équatoriale, 1969-79
53 50.000 Pérou, 1980-2000
54 50.000 Guinée, 1958-84
55 40.000 Tchad, 1982-90
56 30.000 Bulgarie, 1948-89 (propre population)
57 30.000 Rhodésie, 1972-79
58 30.000 Argentine, 1976-83 (propre population)
59 27.000 Hongrie, 1948-89 (propre population)
60 26.000 Indépendance du Cachemire, 1989 à nos jours
61 25.000 Jordanie, gouvernement contre palestiniens, 1970-71 (Septembre Noir)
62 22.000 Pologne, 1948-89 (propre population)
63 20.000 Syrie, 1982 (contre des islamistes à Hama)
64 20.000 Guerre sino-vietnamienne, 1979
65 19.000 Maroc: guerre contre la France, 1953-56 (3000) et au Sahara occidental, 1975 à nos jours (16.000)
66 18.000 République du Congo, 1997-99
67 10.000 Yémen du Sud, 1986 (guerre civile)

*Nombres arrondis. Sources: Brzezinski, Z., Out of Control: Global Turmoil on the Eve of the Twenty-first Century, 1993; Courtois, S., Le Livre Noir du Communisme, 1997; Heinsohn, G., Lexikon der Völkermorde, 1999, 2e éd.; Heinsohn, G., Söhne und Weltmacht, 2006, 8e éd.; Rummel. R., Death by Government, 1994; Small, M. and Singer, J.D., Resort to Arms: International and Civil Wars 1816-1980, 1982; White, M., Death Tolls for the Major Wars and Atrocities of the Twentieth Century, 2003.

Cet inventaire macabre se solde par un total de quelque 85 millions de morts causées par des conflits depuis 1950. Les victimes du conflit israélo-arabe dénombrées depuis 1950 comprennent 32.000 morts dues aux attaques arabes et 19.000 dues aux attaques palestiniennes, soit un total de 51.000. Les Arabes constituent environ 35.000 de ces victimes et les Israéliens juifs quelque 16.000.

Ces chiffres montrent que les morts causées depuis 1950 par les affrontements israélo-arabes ne représentent que 0,06% du total de victimes des tous les conflits de cette période. En d'autres termes, depuis 1950, seule une victime de conflit sur 1700 est tombée dans des affrontements israélo-arabes.

(L'ajout des 11.000 victimes de la guerre d'indépendance israélienne, de 1947 à 1949, soit 5000 Arabes et 6000 Juifs israéliens, n'affecte pas sensiblement ces résultats.)

Pour adopter un autre angle de vision, quelque 11 millions de Musulmans ont été victimes de mort violente depuis 1948, dont 35.000, ou 0,3%, sont morts dans le cadre des 60 ans de lutte contre Israël, soit une victime musulmane sur 315. Ceci alors que plus de 90% de ces 11 millions de victimes ont été tuées par d'autres Musulmans.

Commentaires: (1) En dépit du bilan relativement peu meurtrier du conflit israélo-arabe, il est probable que sa renommée, sa notoriété, sa complexité et sa portée diplomatique continueront de lui valoir une importance démesurée dans l'imagination collective. Et la réputation d'Israël continuera d'en payer le prix. (2) Malgré cela, il vaut la peine de souligner la mesure statistique de 1/1700, en guise de correctif et dans l'espoir qu'un jour, cette réalité sera reconnue et permettra de classer le conflit israélo-arabe à sa place légitime sur l'échelle des priorités politiques mondiales.

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