La participation des Juifs à la Première Guerre mondiale

Publié le par mai_si

Prasquier : «La participation des Juifs à la Première Guerre mondiale a eu une signification de grande réconciliation nationale après l’Affaire Dreyfus»

Lors de la Première Guerre mondiale, l’homme avait servi au 4e régiment de marche du 1er étranger, une unité de la légion. Mort à l’âge de 110 ans, Lazare Ponticelli, dernier Poilu de la guerre de 14', a été enterré lundi 17 mars. Ses obsèques ont eu lieu aux Invalides où étaient présents Nicolas Sarkozy et l’ensemble de son gouvernement, Jacques Chirac, les délégations d’anciens combattants ainsi que la nombreuse famille du défunt. Max Gallo a fait l’éloge funèbre. Nicolas Sarkozy a, quant à lui, salué le courage de tous ceux qui sont tombés pour la France : « La pensée de chacun se tourne vers ces femmes et ces hommes qui nous ont appris la grandeur du patriotisme, qui est l’amour de son pays, et la détestation du nationalisme, qui est la haine des autres. » Le chef de l’Etat a évoqué le devoir de mémoire, un « devoir national », un « devoir humain », estimant que l’Histoire doit demeurer « malgré tout vivante » car « on ne construit pas son avenir en oubliant son passé mais en l’assumant et en le surmontant ».
 
Le président du CRIF, Richard Prasquier, était également présent aux obsèques de Lazare Ponticelli. Il confie ses impressions à la newsletter du CRIF et explique le triple message qui ressort de ce moment particulier :
« Lors de cette cérémonie, j’ai pensé à tous les soldats juifs de la Première Guerre mondiale qui ont combattu sous le drapeau français. Une partie d’entre eux étaient des Juifs français mais il y avait également un certain nombre de Juifs d’origine étrangère qui s’étaient enrôlés aux côtés de la France. La participation des Juifs à la Première Guerre mondiale a eu une signification de grande réconciliation nationale après l’Affaire Dreyfus. L’épisode très célèbre du rabbin Bloch tué alors qu’il apportait un crucifix à un soldat mourant qui le lui avait demandé, reste dans les mémoires de cette réconciliation nationale.
De ce point de vue, la situation était différente entre la France et l’Allemagne. Dans les deux pays, la participation des Juifs au combat et le nombre de morts étaient analogues à celui du reste de la population. Toutefois, en Allemagne, il y a eu, dès la fin de la grande guerre, des insinuations antisémites comme quoi les Juifs ne se seraient pas battus comme le reste des Allemands.
J’ai pensé tristement à toutes ces familles juives qui avaient eu des morts au combat ; ce qui ne les a pas empêchées d’être pourchassées par le régime de Vichy puis déportées. Pierre Masse, sénateur de l’Héraut, avait écrit au Maréchal Pétain : «Monsieur le Maréchal, j’ai lu le décret qui déclare que les Israélites ne peuvent plus être officiers, même ceux d’ascendance française. Je vous serais obligé de me faire dire si je dois aller retirer leurs galons à mon frère, sous-lieutenant au 36e régiment d’infanterie, tué à Douaumont en avril 1916; à mon gendre, sous-lieutenant au 14e régiment de dragons portés, tué en Belgique en mai 1940; à mon neveu, Jean-Pierre Masse, lieutenant au 23e colonial, tué à Rethel en mai 1940. Puis-je laisser à mon frère la médaille militaire gagnée à Neuville-Saint-Vaast, avec laquelle je l’ai enseveli? Mon fils Jacques, sous-lieutenant au 62e bataillon de chasseurs alpins, blessé à Soupir en juin 1940, peut-il conserver son galon ? Suis-je enfin assuré qu’on ne retirera pas rétroactivement la médaille de Sainte-Hélène à mon arrière-grand-père ?...» Il est mort à Auschwitz en 1942.
 
Puis, il y a cette histoire extraordinaire de Lazare Ponticelli, qui m’a fait penser aux plus belles histoires des Juifs émigrés. Ce garçon a 9 ans quand il arrive en France. Il ne connaît pas la langue. Il ne sait ni lire ni écrire. Il est venu tout seul puisque sa sœur et ses frères, plus âgés, étaient déjà partis en France. Plus tard, il s’engage volontairement dans la légion étrangère après avoir truqué ses papiers parce qu’il était trop jeune. Vers 1916, comme l’Italie a déclaré la guerre à l’Allemagne, on l’envoie contre son gré se battre du côté italien dans les Alpes, contre les Autrichiens. Alors que lui veut rester en France car c’est son pays d’adoption. Il revient en France après la guerre et ne sera naturalisé qu’en 1939. Il fonde une entreprise avec ses frères. Sa nièce a dit que jusqu’à l’âge de 109 ans, il assistait aux Assemblées générales de son entreprise. Il y a là une histoire inouïe d’un homme dont la modestie était telle qu’il avait refusé par avance les obsèques nationales.
 
Enfin, la troisième raison, qui donne sens à ma visite, c’est le magnifique discours de Max Gallo, dont la première phrase était « Questo è un uomo » (Si c’est un homme) en référence à Primo Levi. A plusieurs reprises, il a fait allusion à la Shoah et a insisté sur le fait que cette Première Guerre mondiale avait été finalement la matrice de la violence et, d’une certaine façon, à l’origine des épouvantables drames ultérieurs du XXe siècle et en particulier de la Shoah. Il ne faut jamais oublier ce lien entre la guerre de 1914 et le génocide juif. »

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