Les pays arabes et les réfugiés juifs en Israël.

Publié le par mai_si

"Il n’existe pas de solution à la question palestinienne, excepté le Jihad"

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Les réfugiés palestiniens : problème insoluble ? 

Loïc Le Méhauté

Le Dr Becker, Secrétaire général du Congrès juif mondial a rappelé à l’ONU que deux grands mouvements de populations ont accompagné la création de l’Etat d’Israël. Ses travaux du mois d’août 2003, sur les " Juifs d’Irak " et sur " L’UNRWA, le terrorisme et le problème des réfugiés ", furent envoyés à la Maison Blanche, au Congrès américain, au Sénat français et au Parlement européen à Strasbourg. Selon lui une solution équitable au problème des réfugiés arabes est la clé de la réussite d’un plan de paix comme celui de la "feuille de route".

Réfugiés juifs venant des pays arabes

Les Juifs de plusieurs pays arabes durent également prendre, de gré ou de force, le chemin de l’exil et furent intégrés à la population du pays d’Israël qui renaissait de ses cendres. Il y eut un échange de populations arabes et juives entre 1948-49 : de 600 à 700.000 de chaque côté. On estime à un million le nombre de Juifs vivant dans les pays arabes avant l’escalade de la violence précédant la création de l’Etat d’Israël. Ce nombre commença à diminuer à cause d’une émigration provoquée par la violence due à la montée du nationalisme arabe à la veille du départ des puissances coloniales. Suite aux persécutions antisémites et au nettoyage ethnique, et craignant des représailles, en quelques années près d’un million d’entre eux quittèrent les pays dans lesquels ils furent les hôtes de très longue date et vinrent s’établir dans le nouvel Etat juif. Sur les 900.000 Juifs du monde arabe, les 2/3 furent, le plus vite possible, réinstallés et absorbés par Israël - malgré les conditions politiques, économiques et militaires - après un passage difficile dans les camps de transit (Ma’abarot). Les autres, près de 300.000, cherchèrent un asile dans des pays d’accueil, principalement en France, en Italie, au Canada, aux Etats-Unis, au Brésil...

Une génération plus tard cette ancienne diaspora juive des pays arabes avait pratiquement disparue. Aujourd’hui, seulement quelque 20.000 Juifs peuvent être dénombrés en Afrique du Nord.

Souvent dans le conflit israélo-palestinien, tout en insistant sur les 700.000 réfugiés arabes qui prirent la route de l’exil pendant la guerre d’Indépendance, l’on oublie de faire mention de ces réfugiés juifs des pays arabes qui perdirent toutes leurs possessions. Ces Juifs sont devenus " les réfugiés oubliés " car ils ne furent pas utilisés à des fins politiques par l’Etat d’Israël, qui les absorba et en fit des citoyens.

En Iraq, le régime d’alors n’était pas plus tolérant que celui de Saddam Hussein. Des Juifs accusés d’activités " sionistes " furent publiquement pendus dans les rues de Bagdad. En 1941, le jour de Shavouot, 180 Juifs furent massacrés et 700 blessés, dans un pogrom à Bagdad. Les dommages causés à la communauté juive s’élèvent à des millions de dollars. A la création de l’Etat d’Israël leur situation s’aggrava : l’émigration des Juifs était interdite et des centaines furent emprisonnés. Ceux qui étaient accusés d’activités " sionistes " subissaient un exil interne ou devaient payer une amende de près de 40.000 dollars par personne. Environ 130.000 réussirent à s’évader du pays. Mais en 1950,le gouvernement irakien légalisa l’émigration et força les Juifs à quitter le pays. Les émigrants n’avaient le droit d’emporter avec eux que 140 $ par adulte. Toutes leurs propriétés et leurs biens furent confisqués. L’opération israélienne de sauvetage " Esdras et Néhémie ", vint à leur rescousse. Sur les 190.000 Juifs d’Iraq, il n’en reste qu’une poignée aujourd’hui !

Grâce à l’opération israélienne " Tapis volant " de 1949, 50.000 Juifs yéménites furent rapatriés vers Israël. Les attaques contre les propriétés des Juifs étaient monnaie courante au Yémen et elles s’intensifièrent dès les succès israéliens de 1948. La populace attaquait les communautés juives et ceux qui s’enfuyaient voyaient leurs propriétés confisquées par l’Etat.

La communauté juive de Syrie remonte aux temps bibliques. Des pogroms anti-juifs éclatèrent à Alep en 1947 où toutes les synagogues furent détruites et sur les 10.000 Juifs de la ville, 7.000 s’enfuirent. Le gouvernement d’alors mit en place une législation pour bloquer les comptes bancaires juifs et pour confisquer leurs propriétés. En 1950, il restait à peine 5.000 Juifs dans tout le pays, sur les 30.000. Ils étaient soumis à des décrets opprimants : pas le droit d’émigrer, pas le droit de vendre leurs propriétés ni d’exercer des métiers gouvernementaux, de plus ils portaient des documents d’identification spéciaux.

Les Juifs égyptiens subirent le même sort. Nombre d’entre eux furent expulsés et leurs biens saisis. Des mesures répressives physiques et économiques furent prises à leur encontre surtout lors du Coup des généraux de 1956-57. Sur les 75.000 Juifs il n’en reste plus que 200. L’évaluation de leurs biens, confisqués ou pillés par le gouvernement, est estimée à près de 2.5 milliards de dollars.

Le sort des Juifs d’Afrique du Nord n’était pas plus enviable que celui des Juifs orientaux. En 1940, la communauté juive de Libye comptait 60.000 âmes. Dès 1945, elle fut sujette à des manifestations de violence des masses. Rien qu’à Tripoli 120 Juifs furent massacrés et 500 blessés, tandis que 2.000 se retrouvaient sans foyer. Certaines de leurs synagogues furent incendiées. Au début des années 50, plus de 40.000 Juifs libyens avaient émigré. Quand les Français eurent quitté l’Algérie, des lois anti-juives furent émises par les autorités algériennes. La quasi-totalité des 160.000 Juifs d’Algérie s’enfuirent du pays. Toutes leurs synagogues, sauf une, furent transformées en mosquées. Après les massacres de 1948, plus d’un septième des 350.000 Juifs du Maroc s’enfuirent. Dans les années 50, il y eut des actes de violence contre les communautés de Casablanca, de Rabat et de Oujda. La plus grande partie des Juifs marocains émigrèrent les années suivantes. La Tunisie, quant à elle, possédait une communauté juive très active de 100.000 personnes qui s’est réduite à 2.000 membres, dont la moitié vivent sur l’île de Djerba. Récemment, en 2002, un acte de terrorisme fut perpétré contre la synagogue de Djerba tuant des touristes allemands.

En tout, 867.000 Juifs furent expulsés des pays arabes et leurs biens évalués à des milliards de dollars furent saisis par les différents gouvernements. Le statisticien en chef de l’administration du Mandat britannique, John Ben-Castle, évalua en 1945 le montant des propriétés arabes de Palestine à 100 milliards de $ (valeur de 1945). Cette somme est facilement dépassée par la valeur des biens mobiliers et immobiliers abandonnés par les Juifs ou confisqués par les Etats arabes ! (Voir Jerusalem Post, special supplement, 29 nov. 2002) La plupart des Juifs des Etats arabes furent absorbés par l’Etat d’Israël.

Jimmy Carter, dans une conférence de presse le 27 octobre 1977, avait mentionné qui si les réfugiés palestiniens avaient des droits il en était de même pour les réfugiés juifs. En 2000, le président Clinton avait fait la même remarque et avait parlé de compensations pour les réfugiés de guerre juifs.

Si l’on parle de restitution et de compensation pour les pertes des Palestiniens il est nécessaire de prendre aussi en considération les pertes subies par la communauté juive des pays arabes ou musulmans. Dans cette perspective et pour la défense de leurs intérêts, l’Organisation mondiale des Juifs des pays arabes (WOJAC : World Organization of Jews from Arab Countries), travaille en étroite collaboration avec le gouvernement israélien.

Le problème des réfugiés depuis Oslo

Trois forums de discussions du problème des réfugiés palestiniens furent mis en place au cours des Accords de paix : 

  Le cadre défini par la Conférence de Madrid (30 oct.-1er nov. 1991), prévoyait un volet multilatéral de négociations entre les parties de la région. Dans ces négociations entamées à Moscou en janvier 1992, un des cinq groupes de travail concernait les problèmes des réfugiés : regroupement des familles ; formation professionnelle et création d’emplois ; santé publique et protection de l’enfance ; infrastructures économiques et sociales.

  Le 28 septembre 1995, les Accords intérimaires sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (Oslo II) permirent le contrôle de l’AP sur la majorité des Arabes palestiniens y compris les réfugiés des territoires et de Jérusalem-Est (soit le tiers des réfugiés enregistrés à l’UNRWA). Le Comité quadripartite (Palestiniens, Israël, Jordanie, Egypte) devait résoudre pendant cette période intérimaire le problème " des personnes déplacées " en 1967.

  La question des réfugiés de 1948 devait être débattue dans le cadre des négociations bilatérales israélo-palestiniennes sur le statut permanent.

En juillet 200, au sommet de Camp David II, les négociations échouèrent essentiellement à cause de cette question. Le plan proposé par l’administration Clinton fut rejeté par Yasser Arafat. Pour des raisons démographiques évidentes, Israël ne pouvait accepter les exigences palestiniennes : le retour des réfugiés au sein de l’Etat d’Israël.

 

La " feuille de route " aborde du bout des lèvres le problème des réfugiés palestiniens et le place à la fin des négociations en espérant arriver à une solution juste et équitable : "Deuxième conférence internationale. Convoquée par le Quatuor au début de 2004 après consultation des deux parties, elle vise à avaliser l’accord négocié au sujet d’un État palestinien indépendant aux frontières provisoires, et à entamer officiellement un processus qui, avec le soutien actif, soutenu et opérationnel du Quatuor, débouchera, en 2005, sur une résolution portant sur le statut final, y compris les frontières, Jérusalem, les réfugiés et les colonies. La conférence vise également à déboucher le plus rapidement possible sur un accord général au Proche-Orient entre Israël et le Liban, et entre Israël et la Syrie. " (Phase III : accord sur le statut permanent et fin du conflit israélo-palestinien)

Pourra-t-on y parvenir ? On peut en douter quand on entend le Cheik Ikrima Sabri dans une interview, en 2001, au journal allemand Die Welt, répondre aux questions posées. Question : " Dans une fatwa (jugement selon le droit islamique) de juillet dernier, vous avez déclaré : ’Nous nous en tenons au droit au retour de tous les réfugiés de 1948 et nous leur interdisons d’accepter un dédommagement pour le pays saint, car il n’y a pas de prix pour cela.’ Quelles sont les frontières du pays saint dont vous parlez ? " Le cheik Sabri : " Il s’étend de la Méditerranée jusqu’au Jourdain, du point de vue de l’islam. C’est toute la Palestine. " Question sur la place des Juifs dans cet Etat ? Le Cheik Sabri : " Il y a naturellement de la place pour les Juifs qui vivaient ici auparavant. En revanche, ceux qui sont en provenance du monde entier doivent retourner dans leurs pays respectifs : par exemple, les Juifs allemands en Allemagne... "

Le cheikh Ibrahim Madhi dans un sermon donné à Gaza, le 18 janvier 2002, ne reconnaît aucune place aux Juifs dans cette partie du monde : " Nous pensons que l’escalade de cette guerre qui nous oppose aux Juifs continuera jusqu’à ce que nous les ayons vaincus et que nous entrions à Jérusalem en conquérants, à Jaffa en conquérants ! Nous ne nous contenterons pas d’un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale. La cité sainte deviendra la capitale du Califat islamique que nous aurons proclamé. " (Sermon diffusé en direct par la télévision palestinienne).

Le Hamas dans sa charte du 18 août 1988 est aussi très clair quant à son approche des négociations :
" Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf (propriété religieuse) islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ? " (article11)
" Il n’existe pas de solution à la question palestinienne, excepté le Jihad. Les initiatives, les propositions et les conférences internationales sont une perte de temps et des tentatives vaines. Le peuple palestinien refuse d’accepter que son avenir, ses droits, et son destin soient l’objet de spéculations. " (article13)

Conclusion

Nous ne pouvons ici aborder la délicate question de l’interprétation des faits historiques par les nouveaux historiens qui ont influencé ces dernières années les milieux intellectuels israéliens ou autres, ainsi que la lecture faite de ces mêmes événements par les Palestiniens.

Quelle solution apporter au processus de paix et aux réfugiés palestiniens ?

Le point d’achoppement des pourparlers de paix réside dans les positions diamétralement opposées de l’AP et du Gouvernement israélien sur le sujet des réfugiés palestiniens. L’Autorité Palestinienne insiste sur le " droit au retour " des réfugiés et demande qu’Israël reconnaisse sa responsabilité envers eux. En revanche, Israël refuse un quelconque " droit au retour " et préconise l’installation des réfugiés dans les pays d’accueil. Toutefois le gouvernement israélien se propose de faire quelques concessions aux réfugiés concernant la réunification de familles.

Jusqu’à présent l’Autorité Palestinienne et l’Etat d’Israël campent sur leurs positions. Mais des voix s’élèvent pour deux Etats, l’un à côté de l’autre et non l’un remplaçant l’autre. Sur le plan humain, l’avenir est sombre, mais rien n’est impossible à Dieu qui veille sur sa Parole pour l’accomplir.

Ne serait-ce pas la clé pour résoudre le problème israélo-palestinien et en particulier celui des réfugiés ?

 

 

source: un-echo-israel

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