Tibet-juste/Chine-injuste, cliché?

Publié le par mai_si

VIDEO: Les 4 vérités avec Jean-Luc Mélenchon


http://les-4-verites.france2.fr/index-fr_1024.php?id_article=962

---------------------------

                      Bal costumé dans la police chinoise


Une photo présentée comme ayant franchi la censure chinoise fait actuellement le tour du monde et présente une explication bien pratique à tous ceux qui pensent que les bonzes tibétains sont incapables de violence.

Cette photo serait datée du 20 mars et présente des militaires chinois à qui l'on remet un paquetage contenant une robe de moine tibétain. L'accusation est vite lancée : les véritables auteurs des violences à Lhassa sont des militaires chinois déguisés en moines.

A contempler l’éternel sourire du Dalaï Lama, ce Dieu vivant, l’humanité entière se prend à espérer qu’un peu de bonté puisse subsister dans ce monde de brutes.

Que la philosophie bouddhiste prône la paix et la sérénité est une affaire entendue. D’autres religions de paix, d’amour et de tolérance ont émaillé l’histoire humaine d’assez de meurtres, de sang et de violence pour nous inciter tout de même à la plus grande méfiance. Le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam n’ont pas été, sur ce point, totalement irréprochables, à des degrés divers, il est vrai.

Le bouddhisme qui oscille entre plusieurs définitions (spiritualité, philosophie et religion), prône notamment le statu quo et l’acceptation de son sort. De loin en loin, il est devenu un outil incitant les pauvres à ne pas se rebeller contre l’ordre établi. Effet pervers comme en ont toutes les religions et idéologies.

Mais, de la même manière que les chefs spirituels des grandes religions ne se sont pas gêné pour faire la guerre et prendre les armes, il n’y a aucune raison majeure de penser que les moines tibétains ne se sont pas livré à des violences. L’un de leurs maitres, responsable d’un monastère, le déplorait sur France Inter dans l’émission « Et pourtant, elle tourne ».

Relevons également, pour contrer tout ce que l’on entend dans la presse depuis le passage de la flamme olympique, que la religion tibétaine exige un impôt religieux pour entretenir les monastères, contribuant ainsi à perpétuer un système de castes peu compatible avec la sérénité qu'on attribue au bouddhisme.

Les enfants sont embrigadés dans la religion tibétaine dès leur plus jeune âge : elle est leur seul horizon. Les paysans et les entreprises savent ce que sont les virées des moines venant réclamer leur « contribution » à la bonne marche du monastère.

La France, au temps du catholicisme triomphant, a connu ces pères abbés qui, à la tête de leurs troupes, rançonnaient la campagne environnante pour entretenir l’opulence de leurs abbayes. Odon de Crussol, évêque de Valence de 1154 à 1188, en est un bon exemple.

Il faut donc se départir de cette idée fausse que les religieux sont, par nature et par choix, étrangers à toute violence. Le bouddhisme ne fait pas exception. Et si l’attitude des moines bouddhistes dans les récents affrontements en Birmanie a été d’une grande noblesse aux côtés de Aung San Suu Kyi, les exemples sont nombreux de collusion, voire de collaboration de ces moines avec les régimes les plus autoritaires.

Le sourire du Dalaï Lama ne saurait effacer tout cela.

Il faut également battre en brèche une conviction portée par certains manifestants contre la flamme olympique ces derniers jours. Le Dalaï Lama ne réclame pas l’indépendance du Tibet. Il aimerait simplement que sa province puisse conserver, au sein de la république chinoise, sa culture, sa langue, son art de vivre, sa religion et ses privilèges.

De là date d'ailleurs la rupture entre la Chine de Mao et sa province tibétaine. Le Dalaï Lama de l'époque avait refusé d'abolir l'esclavage: il le considérait comme indispensable à l'entretien des bonzes et c'est lui qui a opposé à Mao une fin de non recevoir.

Autres temps, autres moeurs? Le fait est que cette autonomie fait partie des sujets qu'on ne peut négocier que dans des discussions bilatérales pour lesquelles le gouvernement chinois, lui non plus, n’a jamais été d’une grande assiduité, préférant de beaucoup la manière forte et le repeuplement. Le chiffre de 800.000 morts tibétains depuis 1949 du fait des exactions chinoises semble faire l’unanimité.

La re-sinisation du Tibet est en marche depuis plusieurs dizaines d’années et c’est à juste titre que l’on peut parler de génocide culturel. La langue tibétaine est interdite dans les écoles, ce qui conduit la population tibétaine à l’exaspération.

En face et à côté, l’ennemi héréditaire, la Chine. Monstre froid et cruel que personne n’ose plus appeler dictature parce que cela n’a pas un bon effet sur les investissements de nos entreprises. Le terme de « partenaire » vous a un autre cachet et permet de fermer les yeux sur certaines pratiques révélées lors des massacres de la place Tien an Men.

Comme il est loin le temps où les étudiants français brandissaient le petit livre rouge et traitaient d'anti-communistes primaires ceux qui ne partageaient pas leur enthousiasme pour la Révolution culturelle !

L’administration chinoise pousse par exemple l’exquise délicatesse jusqu’à facturer à la famille la balle qui vient de tuer l’un des leurs lors d’une exécution sommaire. On dira ce qu’on voudra, mais la démocratie participative poussée à ce point est une performance.

La Chine n’a pas à se battre seulement contre les insurgés du Tibet, comme elle appelle si élégamment ces "traitres" et ces "saboteurs", mais la rumeur se répand que plusieurs provinces sont en état de sécession par rapport au pouvoir central.

Trop de paysans expulsés de leurs terres et de leurs fermes pour construire des usines, des barrages. Trop de villages empoisonnés par les rejets chimiques des industries, dispersés sans précaution aucune dans les rivières et dans les champs.

Une étude affirme que plusieurs millions de kilomètres carrés sont d’ores et déjà stériles et impropres à toute présence humaine.

Si le Tibet devait se rebeller, il risquerait d’entraîner dans son sillage plusieurs autres provinces dont les dirigeants, poussahs corrompus et détestés par le peuple, ne pourraient contenir la colère.

Il en est ainsi des appétits suscités par les richesses. Chaque province voudra sa part du gâteau et il est fort possible alors de revoir une Chine en proie aux Seigneurs de la guerre version OPA.

Et c’est ainsi que la marche forcée de la Chine vers le productivisme capitaliste risque de représenter bientôt la fin de ce régime autoritaire dont quelques dizaines de millions de « réfugiés » commencent à percevoir la fin de la grande fraternité communiste.

Dans quel délai ?

La Chine est éternelle. 10 ans sont pour elle comme un jour et un jour comme mille ans. Mais certains spécialistes s’accordent pour dire que la situation ne peut plus durer très longtemps encore.

Le signe qui permet de dire cela est la prise de parole de plus en plus fréquente des opposants et de leurs épouses devant les caméras occidentales. Le miracle chinois suscite des jalousies, encouragent des fortunes rapides et indécentes parmi les cadres du Parti. Les opposants, ceux qui luttent pour la liberté d'opinion et d'expression, n’en sont pas encore à se sentir invulnérables mais cela en prend le chemin.

De telles expositions de richesses et d’opulence ne peuvent être sans conséquence au sein d’une population de plus en plus pauvre et déracinée au gré des constructions énergétiques pharaoniques dont a besoin ce géant pour se nourrir.

Les Jeux Olympiques ne seront pas une partie de plaisir pour tous ceux qui veulent comprendre le degré d’évolution de cette société. Ces Jeux représentent trop d’argent et un enjeu géo politique trop grand pour qu’on laisse la fête être gâchée par quelques farfelus en mal d’autonomie linguistique.

Les médias devront alors se méfier de tout document qui leur sera remis, car là plus qu’ailleurs, les manipulations vont être nombreuses. C’est bien simple, si la désinformation était une discipline olympique, certaines agences nous ramèneraient de l’or.

Combien de Chine ?

Lorsqu’Alain Peyrefitte a rédigé son ouvrage « Quand la Chine s’éveillera », il pensait au miracle économique, de la Chine centralisée. Il se pourrait fort que sa démonstration soit battue en brèche car il est vraisemblable que plusieurs Chines s’éveilleront en même temps. Cela pourrait générer des conflits à côté desquels la 2° guerre mondiale fera figure d’aimable farce de collégiens turbulents.

En attendant, les manipulations vont être nombreuses et d’autant plus vicieuses que le pays a une longue habitude de cette pratique. Plusieurs générations d’idéologues formés au double discours font craindre le pire à cet égard.

Si cette photo représente des militaires chinois sur le point d’endosser l’uniforme de bonze afin de se livrer à des violences, elle confirmera le caractère cynique du régime totalitaire.

Mais la manipulation consiste également à faire circuler cette photo, attendant qu’elle ait fait son effet sur les internautes, ONG, médias et opinions publiques. Puis la propagande chinoise affirmera qu’il s’agit d’un blasphème supplémentaire de l’Occident « tigre de papier » en décrivant ces militaires comme de simples troufions à qui on rend leurs vêtements civils (donc religieux) après une ou deux années passées à servir la mère patrie.

La manipulation sera complète et discréditera pour longtemps ceux qui voudront, à juste titre, accuser la Chine de manquements aux droits de l’Homme.

Car, malgré toutes les précautions oratoires apportées au crédit de cette photo, il est peu probable que celle-ci soit un cliché pris par un satellite civil d’une agence d’information. Un telle définition de la photo n'est accessible qu'à la technologie militaire. Et encore, pas au point de voir les grimaces et la couleur des joues.

La plus grande prudence s’impose donc et elle sera de mise jusqu’à ce que la grand-messe des JO soit achevée.

Les chaines de télévisions et envoyés spéciaux pourront repartir la conscience tranquille, en ayant rien vu d’autres que les performances physiques de quelques individus venus vivre le rêve de toute une vie.

On verra leurs larmes. On oubliera bien vite celles des tibétains et celles des chinois qui crèvent de faim et de maladies contagieuses à quelques kilomètres seulement des sites olympiques. Mais puisque l’essentiel est de participer !

Pierre Lefebvre © Primo, 9 avril 2008

 

Commenter cet article