Réfugiés soudanais, "les Israéliens, des hommes bons"

Publié le par mai_si

Video: France 24

ÉGYPTE

Les réfugiés africains en Égypte

Samedi 23 août 2008

Les réfugiés érythréens affluent en Égypte pour fuir la dictature. Pour certains d'entre eux, ce n'est qu'une étape vers Israël, destination choisie par de nombreux Africains. Un voyage qui a coûté la vie à près de vingt personnes en 2008.

source:  http://www.france24.com/fr/20080823-refugies-africain-erythree-egypte-israel-clandestins&navi=REPORTAGES

samedi 23 août 2008

Hamed est journaliste. Il est Erythréen et depuis trois ans, il a fui la dictature au pouvoir pour se réfugier en Egypte. Pour gagner sa vie, il travaille dans le bâtiment. Son statut de réfugié l'empêche de travailler.
  
C'est dans l'illégalité qu'il doit gagner sa vie comme les milliers d'Africains en Egypte, clandestins ou légalement réfugiés. En plus d'avoir trouvé un travail, Hamed a la chance d'avoir un statut.
  
Des milliers d'Erythréens sont arrivés illégalement en Egypte et plus d'un millier d'entre eux ont été expulsés selon Michael Kagan,  un défenseur des droits des immigrés légaux et clandestins.

Il vit avec trois autres réfugiés dans un appartement insalubre du centre du Caire. Hamed n'a pas vu sa femme et ses trois enfants depuis trois ans. Ils sont au Soudan et n'est pas autorisé à quitter l'Egypte.
  
Yasser est Soudanais et n'a qu'une seule idée en tête, partir, y compris clandestinement. Israël est la premiere destination choisie par de nombreux Africains. Yasser regarde des images de clandestins passant en Israël. Ces images prises sur le téléphone portable d'un passeur le font sourire.
 
Comme la grande majorité des Africains en Egypte il nous jure qu'il n'a jamais pensé faire le voyage. Pourtant le nombre de candidats à l'exil vers Israël ne se tarit pas. Un voyage qui a coûté la vie à près de vingt personnes depuis début 2008.



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Des réfugiés du Soudan à Eilat

Quelques 200 réfugiés soudanais achètent leur liberté par le travail à Eilat. D’autres devraient bientôt venir les rejoindre. Depuis les premiers arrivants entrés illégalement sur son sol, Israël a sollicité les Etats-Unis, l’Australie et d’autres pays du monde occidental en leur demandant d’accueillir les Soudanais comme réfugiés politiques. Sans succès.

 

Les pays occidentaux - Etats-Unis et Australie en tête - ont accordé l’asile à 50 000 personnes environ ces dernières années et leur réponse à Israël est la suivante : "nous donnons l’asile à des dizaines de milliers de réfugiés, pourquoi Israël ne peut faire de même pour quelques centaines de personnes ?"

L’Etat hébreu s’est toutefois engagé à ne pas renvoyer les Soudanais en Egypte, ce qui équivaudrait à une condamnation à mort dans le cas où l’Egypte les déporterait vers le Soudan, ce qui arrive régulièrement. "L’Egypte n’a pas montré le moindre intérêt à vouloir les accepter sur son territoire", note Bavly.

Ce que souhaitent les clandestins, c’est le statut de réfugiés politiques - qu’il soit accordé par Israël ou tout autre pays occidental. Une façon pour eux de commencer une nouvelle vie sans craindre d’être incarcéré, déporté ou persécuté.

George, qui a fui le Soudan pour l’Egypte il y a 6 ans, à l’âge de 15 ans, a traversé la frontière israélienne en avril dernier. "Si Israël m’accorde l’asile politique et m’autorise à aller à l’université, alors j’aimerais rester. Israël est un des meilleurs pays qui soient. Mais si je ne peux pas rester et étudier, alors je préfère partir ailleurs. Beaucoup d’entre nous sommes jeunes. Nous voulons faire des études, faire quelque chose de notre vie", explique-t-il.

La volonté de s’instruire est fréquente parmi ces réfugiés, qui passent leurs journées à nettoyer les sols ou faire les lits des chambres des hôtels d’Eilat, précise Blum.

Quand on leur a demandé de choisir parmi des vêtements, des ustensiles de cuisine, des objets de décoration, des jouets, tous généreusement donnés par les équipes de travail qui les accueillaient, "ils ont choisi en premier les livres d’anglais", raconte-t-il.

Au cours de mes interviews à Eilat avec 6 réfugiés, 5 parlaient anglais et le 6e était aidé par une traductrice soudanaise. George est le seul à avoir éclaté en sanglot en me racontant son passé. Dina Cohen, l’assistante sociale, explique qu’elle "n’a pas observé chez eux de signes de souffrance psychologique". Mais elle estime que cela se produira plus tard, une fois remis de leurs émotions d’être enfin parvenus en Israël.

Car qu’ils le montrent ou pas, ces réfugiés ont été battus ou traumatisés par leurs douloureuses expériences, surtout au Soudan, certes, mais aussi en Egypte.

Robert se souvient : "Les Egyptiens me jetaient des seaux d’eau sales depuis leurs balcons. Les gens me traitaient de sale esclave. Et je devais garder tout cela pour moi, et me taire, car si vous vous rebellez, ils appellent immédiatement la police et là, les vrais ennuis commencent. Je ne voulais plus imposer cela à mes enfants, être chassés tout le temps et insultés."

Robert raconte qu’il a dû laisser sa femme et ses deux plus jeunes enfants au Caire, par manque d’argent. Il avait emprunté de l’argent à un ami et vendu ce qu’il pouvait, mais cela ne suffisait pas. "Je ne sais pas ce qu’il va advenir de ma famille au Caire", déplore-t-il.

En voulant interroger un officiel de l’ambassade égyptienne sur les tirs des soldats égyptiens sur les réfugiés tentant de s’enfuir et sur les raisons pour lesquelles les Soudanais sont victimes de persécutions racistes dans son pays, il m’a fait savoir qu’il transmettrait mes questions à sa hiérarchie mais qu’il avait des doutes sur d’éventuelles réponses car "nous sommes en Israël et il s’agit de faits se déroulant en Egypte".

Si pénible qu’ait été leur expérience en Egypte, leurs souvenirs du Sud Soudan sont bien pires encore. Mary, assise dans la chambre meublée d’Eilat qu’elle partage avec son mari, explique qu’elle a "fui avec beaucoup d’autres personnes" de son village, un jour de 1990, "à cause de la guerre qui opposait les Arabes aux habitants du Sud Soudan. Tout le monde a vu les armes des Arabes et nous avons commencé à courir dans toutes les directions. Il y avait des bombes, du feu. Vous savez, c’était la guerre."

Son père a survécu, mais elle ne sait pas ce qu’il est advenu de ses 7 frères et soeurs. "Ma mère est morte pendant la guerre", ajoute-t-elle. Son visage se fige. Je lui demande si elle a assisté à la mort de sa mère. "Oui, j’ai vu", répond-elle.

Comme d’autres réfugiés qui se sont rendus dans les bureaux des Nations unies, au Caire, pour réclamer l’asile politique - et où, en décembre 2005, la police égyptienne avait tiré sur une foule de manifestants qui protestaient contre les délais sans fin des pour obtenir des papiers, tuant au moins 27 personnes - Mary a reçu un document détaillant les raisons qui l’ont poussée à fuir le Soudan.

Dans un anglais approximatif, le courrier explique ce qui lui est arrivé à la fin de l’année 2002, alors qu’elle travaillait comme vendeuse de rue, à Khartoum, la capitale soudanaise. "Trois hommes en civil sont venus frapper à ma porte un soir. Ils m’ont bandé les yeux et m’ont accusée d’être une espionne au profit de l’armée des rebelles pour la libération du peuple soudanais."

"J’ai nié ces fausses accusations, mais ils ne m’ont pas écoutée. Ils m’ont conduite dans une autre pièce et m’ont torturée. Ils m’ont aspergée d’eau glacée et m’ont battue jusqu’à ce que je m’effondre. Ils m’ont mise dans une cellule pendant 7 jours, me donnant très peu d’eau et à peine de quoi manger. Ils refusaient de me laisser aller aux toilettes pendant des heures.

"Puis ils m’ont libérée, mais m’ont ordonnée de venir chaque lundi matin au commissariat de police avec une nouvelle liste de noms et d’adresses d’espions rebelles. Je ne connaissais aucun rebelle et je savais que je ne pourrai pas faire ce qu’ils me demandaient. Le 2 janvier 2003, j’ai pris un train jusqu’à la frontière égyptienne, puis un bateau jusqu’à Aswan et enfin un bus jusqu’au Caire. Je sais que si je devais retourner dans mon pays d’origine, je serais arrêtée et tuée, car j’ai violé les conditions de ma libération. Je ne pense pas que les autorités actuelles me protégeront, car elles faisaient partie du gouvernement au pouvoir quand je me suis enfuie."

Après ce qu’ils ont dû endurer au Soudan et en Egypte, les réfugiés parlent en termes élogieux d’Israël et des Israéliens. En particulier des soldats qui ont la charge de les arrêter à la frontière.

Robert, entré illégalement avec ses deux fils se souvient : "Les soldats israéliens ont commencé à nous parler en arabe et j’ai cru que nous étions morts. Mais ils nous ont souri, nous ont donné de la nourriture, de l’eau et des couvertures. Ils nous ont conduit dans une base militaire pour que nous puissions nous laver et dormir."

Mary déclare avoir été particulièrement surprise quand elle a vu que les soldats ne braquaient pas d’arme sur elle. John, son mari, très discret pendant toute l’interview, sourit franchement quand je mentionne les soldats israéliens : "ils sont vraiment gentils", dira-t-il.

Même George, qui a dû croupir 11 mois en prison avant d’être libéré pour venir travailler à Eilat, ne semble pas leur garder rancune. "Bon, la prison, c’est la prison, mais je ne peux pas dire que les Israéliens se soient mal comportés. Nous n’avons pas eu de problème. La police a été très correcte avec nous. La prison Ramon c’est la meilleure et Doudou est un chic type. Il y avait aussi une femme très gentille qui s’occupait des affaires sociales, Galit. Que des gens biens. Personne ne nous a battus. J’ai fait plusieurs prisons, mais celles d’Israël ce sont les meilleures."

Ils sont aussi également bien traités dans les hôtels d’Eilat. Pour Sigal Rozen, qui travaille pour la ligne d’appel des travailleurs migrants, ces arrangements sont "fantastiques". "Je souhaite à tous les employés israéliens de recevoir leurs salaires et leurs avantages", précise Gal Lousky.

Les gages mensuels qu’ils perçoivent d’Isrotel, précise Blum, s’élèvent à 4 000 shekels pour un travail hebdomadaire de 40 heures, soit légèrement plus que le salaire minimum israélien. "Mais ils désirent travailler, et avec les heures supplémentaires et les shabbat et jours de fête, ils peuvent recevoir jusqu’à 5 000 ou 6 000 shekels par mois", note-t-il.

Avant d’ajouter que les réfugiés bénéficient de l’assurance maladie et d’autres avantages sociaux, "comme n’importe quel employé de l’hôtel". Ils sont suivis par des médecins et reçoivent les traitements médicaux dont ils ont besoin.

Les enfants sont vaccinés. Chaque adulte reçoit une carte de transport mensuelle gratuite et du nécessaire de toilette. On leur donne également des vêtements d’occasion. Ils ont droit à trois repas par jour à l’hôtel et bénéficient d’un appartement qu’ils louent en moyenne 600 shekels par mois.

Isrotel a créé une garderie et un jardin d’enfants et les enfants en âge d’être scolarisés sont inscrits à l’école élémentaire d’Eilat. Ils reçoivent également des cours d’hébreu sur leur lieu de travail.

"L’objectif, pour eux, est de devenir totalement indépendants", explique l’assistante sociale Dina Cohen. Ils sont embauchés pour des emplois de gardiennage ou de personnel d’entretien, mais avec le temps et l’expérience, ils pourront postuler pour des emplois plus rémunérateurs, tels que serveurs, précise-t-elle.

"Les Israéliens ont fait quelque chose de bien pour nous. Nous ne l’oublierons pas pour le restant de nos jours", déclare Mary. Lundi 4 juin, le Premier ministre Ehoud Olmert avait organisé la tenue d’une réunion en présence de membres du gouvernement et de responsables militaires, pour discuter du sort des réfugiés soudanais.

Aucune décision particulière n’a été prise, mais il a été demandé au ministre de l’Intérieur, Roni Bar-On, de proposer une série de mesures qui devraient permettre d’assurer un traitement décent aux réfugiés d’Israël, sans donner le départ d’une politique de porte ouverte à ceux encore stationnés en Egypte.

George est assis dans un bureau de l’hôtel King Salomon, dans sa tenue d’homme d’entretien, polo blanc et salopette kaki. Il raconte que la milice arabe avait envahi son village du Sud Soudan un jour de 1998, à 4 heures du matin. Il avait 13 ans et vivait avec ses parents, ses 4 frères et ses 4 soeurs.

"Ils sont arrivés à cheval. Je les ai vus entrer chez nous et violer ma soeur. Ma mère a entendu ma soeur crier, elle est rentrée dans la pièce et ils ont tué ma mère et ma soeur devant moi. Je ne sais pas ce qu’il est advenu du reste de ma famille. Ils ont tué tous les adultes et les jeunes enfants. Ils ont kidnappé les enfants plus âgés pour les faire travailler dans les fermes arabes du village."

"Ils m’ont battu, m’ont bandé les yeux et nous ont forcé à les suivre. Je ne sais pas combien de jours nous avons marché, je n’avais aucune notion du temps. Puis ils nous ont mis dans un train et quand il s’est arrêté, un homme m’a dit de monter dans sa voiture et il m’a conduit dans une grande ferme. Le propriétaire s’appelait Mouhammad Suleiman. Plus tard, j’ai appris qu’il était un homme important du gouvernement. La première chose qu’il m’ait dite, c’était : ?tu es noir et maintenant tu es mon esclave’. Je suis resté chez lui pendant 2 ans."

Pour tous ces Soudanais, Israël est véritablement la terre promise. Il s’agit de la fin de leurs souffrances. Mais il leur sera difficile d’oublier leur passé chargé d’images de mort et de persécutions.


16 juin 2007 - Par Larry Derfner | Jerusalem Post en français
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Des réfugiés soudanais embauchés à Eilat

Des dizaines de réfugiés soudanais ayant fui les massacres du Darfour ont finalement trouvé refuge en Israël après de multiples pérégrinations au cours desquelles ils ont cherché désespérément un pays prêt à les accueillir. Expulsés finalement d’Egypte, ils sont entrés clandestinement en Israël où ils ont tout d’abord été emprisonnés. Par la suite, ils ont été transférés dans des bases militaires du sud du pays.

Mais là non plus, aucune solution ne semblait envisageable pour régler leurs problèmes et le commandant de la zone militaire sud a finalement décidé de les libérer pour les envoyer à bord d’un autobus à Beershéva où la police locale devait les prendre en charge. Ce nouveau voyage n’ayant rien résolu, les réfugiés, désemparés, ont alors supplié les autorités de les garder et de leur trouver un emploi.

Le quotidien Yediot Aharonot, qui a relaté leur aventure, a indiqué qu’un certain David Blum, directeur des ressources humaines de la chaîne d’hôtels Isrotel, aurait alors eu l’idée de procurer un emploi aux Soudanais expatriés, faisant d’une pierre deux coups en résolvant un problème de personnel et en accomplissant une action humanitaire. Il aurait proposé que les réfugiés soient embauchés dans des hôtels d’Eilat, à la place de travailleurs étrangers expulsés en janvier dernier.

L’un des réfugiés, se confiant au correspondant du quotidien, aurait déclaré qu’il était heureux de mener enfin une vie normale après toutes les souffrances qu’il avait endurées avec ses camarades d’infortune. Il aurait raconté que lors de leur séjour en Egypte, ils avaient échappé de peu à la mort, les autorités voulant au départ les exécuter. "Lorsque nous avons franchi la frontière, les soldats israéliens ne nous ont rien fait et nous avons tout de suite compris que les Israéliens étaient des hommes bons. Tout ce qu’on fait pour nous à Eilat nous réchauffe le cœur".

Toujours d’après Yediot Aharonot, les Soudanais auraient été affectés aux travaux de nettoyage dans les hôtels de la chaîne Isrotel qui leur assurerait un salaire convenable et des conditions avantageuses : ils seraient logés et blanchis et leurs frais de déplacement leur seraient remboursés. En outre, ils recevraient de temps en temps de l’argent de poche.

Pour l’instant, leurs enfants seraient pris en charge par les crèches de l’hôtel mais il ne s’agirait que d’une solution provisoire. Le ministère de l’Education examinerait déjà leur cas pour décider de quelle manière il est possible de les intégrer dans le système scolaire israélien dès que le statut de leurs parents serait plus clair.

source: Arouts7 par Claire Dana Picard

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