Video: l´antisémitisme en France.

Publié le par mais_si

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anonyme 21/10/2008 09:05

liste des livres
Jean-Paul Sartre
Réflexions sur la question juive Gallimard, 1954







savoirs
société

163 pages
1ère parution : 1946 « Si un homme attribue tout ou partie des malheurs du pays et de ses propres malheurs à la présence d’éléments juifs dans la communauté, s’il propose de remédier à cet état de choses en privant les juifs de certains de leurs droits ou en les écartant de certaines fonctions économiques et sociales ou en les expulsant du territoire ou en les exterminant tous, on dit qu’il a des opinions antisémites.
Ce mot d’opinion fait rêver… C’est celui qu’emploie la maîtresse de maison pour mettre fin à une discussion qui risque de s’envenimer. Il suggère que tous les avis sont équivalents, il rassure et donne aux pensées une physionomie inoffensive en les assimilant à des goûts. »

C’est par ces phrases célèbres et importantes que débute l’essai écrit par Jean-Paul Sartre à l’automne 1944, et paru en 1946. Il a beaucoup été dit sur l’(in)action de l’écrivain français sous l’Occupation allemande (par exemple à l’égard des milliers de collègues juifs destitués de l’Education nationale par les lois de Vichy), et sur sa participation timide à une action résistante. Reste, au-delà des débats sur l’auteur, que « les Réflexions de Sartre sont un des jalons les plus importants de l’acquisition par les non-juifs d’une conscience de responsabilité face à l’antisémitisme », à un moment où « la "question juive" était devenue tabou » (Michel Winock, La France et les Juifs, 2004).

Des polémiques naquirent cependant de cet ouvrage, qui se proposait de dresser un portrait de l’antisémite, suivi d’un portrait du « démocrate » face au Juif, puis d’un long chapitre où Sartre analyse l’attitude et la situation du Juif, autour du concept complexe d’authenticité. Sartre y affirme le poids du regard d’autrui, qui façonne le Juif (« c’est l’antisémite qui fait le Juif »), et écrit que le seul lien qui unit finalement tous les Juifs français, c’est « qu’ils vivent au sein d’une communauté qui les tient pour Juifs » ; il les encourageait alors « à se choisir comme juifs, c’est-à-dire à réaliser [leur] condition juive », cette idée demeurant assez floue. Cette dernière partie notamment fut critiquée, certains Juifs reprochant à Sartre de singulariser la condition juive et de les « particulariser », tandis que d’autres, affirmant au contraire la singularité de cette condition, reprochaient à Sartre de ne faire du Juif qu’un produit du regard et des persécutions de l’antisémite, c’est-à-dire de ne faire de l’identité juive qu’une identité purement négative et sans valeur propre : Albert Memmi notamment, dans son Portrait d’un Juif (1962) évoqua le point de vue de Sartre comme une « conception amicale, désireuse d’aider, de sauver le Juif, mais insuffisante à rendre compte du réel de l’existence juive », cette dernière comportant selon l’auteur du Portrait du colonisé une part de positivité, de subjectivité proprement juives. Cependant, l’analyse de Sartre fut brillamment reprise à sa manière dès 1952 par le militant et psychiatre martiniquais Frantz Fanon, qui, dans son premier ouvrage Peau noire, masques blancs, affirmait avec fracas : « le Noir n’est pas un homme », signifiant par là que ce sont le regard et le comportement du Blanc qui créent le Noir.

Nous ne rentrerons pas ici dans les détails des analyses menées par Sartre ou Memmi sur la situation ou l’identité juives, mais nous réduirons le propos de Sartre en nous bornant à son étude fine et acerbe de l’antisémitisme, étude qui permet de comprendre et de dénoncer toute forme de racisme, et qui demeure en ce sens d’une utilité et d’une actualité frappantes.


Le raciste : un passionné et un lâche

« Si le Juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait. »

Sartre s’évertue à montrer en quoi l’antisémitisme, loin d’être une opinion, est avant tout une « passion », mais aussi une « conception du monde », adoptées par « un choix libre et total » : le choix de la « haine », contre « les mots et les raisons », qu’il est dès lors inutile d’opposer à l’antisémite. Car celui-ci ne hait pas les Juifs sur des faits objectifs, mais sur une « idée » qui lui fait chercher les faits, les devancer, les interpréter pour satisfaire son antisémitisme.

Car il s’agit bien de satisfaction, de nécessité, et Sartre affirme ici une idée qui sera centrale dans le Portrait du colonisateur d’Albert Memmi (1957) : tout comme l’existence de l’indigène est nécessaire au colonialisme, « l’existence du Juif est absolument nécessaire [à l’antisémite] : à qui donc, sans cela, serait-il supérieur ? ». Bien plus, le racisme permet aux racistes de s’affirmer communément d’une « élite » indifférenciée socialement, d’une communauté caractérisée par un égalitarisme primitif, qui ne doit son existence qu’à son ennemi : tous égaux dans la haine, face à la race inférieure…

L’antisémitisme (et le racisme en général) repose en effet sur une conception du monde, qui a des répercussions sociales et politiques : cette conception, ce « choix originel », c’est le « manichéisme ». Chacun sait qu’être manichéiste signifie diviser l’humanité entre le Bien et le Mal, étant bien entendu que le Bien devra bien se décider à détruire le Mal. Le Juif est défini par l’antisémite comme le Mal. Mais si « l’antisémite a décidé du Mal », c’est bien « pour n’avoir pas à décider du Bien » : stigmatisant, excluant, détruisant le Juif, il est sûr qu’il « fait le Mal pour le Bien »… en se gardant bien de définir ce dernier, qu’ « il n’ose regarder de peur d’être amené à le contester et à en chercher un autre ». On comprend dès lors que le racisme a une formidable portée politique et sociale : il « canalise les poussées révolutionnaires vers la destruction de certains hommes, non des institutions (…) Il représente donc une soupape de sûreté pour les classes possédantes qui l’encouragent et substituent ainsi à une haine dangereuse contre un régime, une haine bénigne contre des particuliers. »

Le raciste se dévoile finalement comme un lâche qui se cache sa lâcheté (politique et tout simplement humaine), écrasé par la peur qui le ronge et qui n’est pas, contrairement aux apparences, peur des Juifs ou de la « race inférieure », mais peur « de lui-même, de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses responsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde ».


Le « démocrate » : un faux ami

« L’antisémite reproche au Juif d’être Juif ; le démocrate lui reprocherait volontiers de se considérer comme Juif. »

Sartre soulève en 1944 une question qui demeure brûlante d’actualité, les concernés n’étant plus seulement les Juifs, mais bien plus les immigrés post-coloniaux ; le « démocrate » serait qualifié aujourd’hui d’ « antiraciste » tendance paternaliste-intégrationniste. Ecoutons Sartre : « [le démocrate] ne connaît pas le Juif, ni l’Arabe, ni le nègre, ni le bourgeois, ni l’ouvrier : mais seulement l’homme, en tout temps, en tout lieu pareil à lui-même (…) Ainsi le démocrate, comme le savant, manque le singulier : l’individu n’est pour lui qu’une somme de traits universels ».

Certes, quoi de plus louable que de reconnaître à l’autre, quelles que soient sa religion ou sa couleur de peau, son humanité, son appartenance à une catégorie universelle ? Cependant, cette reconnaissance semble motivée et conditionnée par une méfiance : le démocrate « craint que ne s’éveille chez le Juif une "conscience juive" », en d’autres termes une conscience et des comportements identitaires. « Il s’ensuit que sa défense du Juif sauve le Juif en tant qu’homme et l’anéantit en tant que Juif. » Sartre décèle ainsi chez le démocrate « une nuance d’antisémitisme », puisqu’il « est hostile au Juif dans la mesure où le Juif s’avise de se penser comme Juif ». Et ce que le philosophe nomme « politique d’assimilation », on pourrait tout aussi bien, avec les mots d’aujourd’hui, le nommer « intégration » (concept qui n’est pas seulement, loin s’en faut, l’apanage des « démocrates ») : l’universalité proclamée, dans cette optique, est en réalité une universalité non-juive, blanche… en un mot française.


Un regard jeté soixante ans en arrière suivi d’un retour sur notre époque peut faire froid dans le dos, tant la permanence est frappante. Passions racistes et attachement maladif à un idéal républicain faussement universel et instrumentalisé sont comme des kystes. Ils continuent de ronger, et ce n’est pas un pathétique appel à des « valeurs » tant clamées et si peu comprises qui les délogera.

PJ
19.10.2006











© Acontresens 2002-2008


Le « démocrate » : un faux ami

« L’antisémite reproche au Juif d’être Juif ; le démocrate lui reprocherait volontiers de se considérer comme Juif. »

Sartre soulève en 1944 une question qui demeure brûlante d’actualité, les concernés n’étant plus seulement les Juifs, mais bien plus les immigrés post-coloniaux ; le « démocrate » serait qualifié aujourd’hui d’ « antiraciste » tendance paternaliste-intégrationniste. Ecoutons Sartre : « [le démocrate] ne connaît pas le Juif, ni l’Arabe, ni le nègre, ni le bourgeois, ni l’ouvrier : mais seulement l’homme, en tout temps, en tout lieu pareil à lui-même (…) Ainsi le démocrate, comme le savant, manque le singulier : l’individu n’est pour lui qu’une somme de traits universels ».

Certes, quoi de plus louable que de reconnaître à l’autre, quelles que soient sa religion ou sa couleur de peau, son humanité, son appartenance à une catégorie universelle ? Cependant, cette reconnaissance semble motivée et conditionnée par une méfiance : le démocrate « craint que ne s’éveille chez le Juif une "conscience juive" », en d’autres termes une conscience et des comportements identitaires. « Il s’ensuit que sa défense du Juif sauve le Juif en tant qu’homme et l’anéantit en tant que Juif. » Sartre décèle ainsi chez le démocrate « une nuance d’antisémitisme », puisqu’il « est hostile au Juif dans la mesure où le Juif s’avise de se penser comme Juif ». Et ce que le philosophe nomme « politique d’assimilation », on pourrait tout aussi bien, avec les mots d’aujourd’hui, le nommer « intégration » (concept qui n’est pas seulement, loin s’en faut, l’apanage des « démocrates ») : l’universalité proclamée, dans cette optique, est en réalité une universalité non-juive, blanche… en un mot française.


Un regard jeté soixante ans en arrière suivi d’un retour sur notre époque peut faire froid dans le dos, tant la permanence est frappante. Passions racistes et attachement maladif à un idéal républicain faussement universel et instrumentalisé sont comme des kystes. Ils continuent de ronger, et ce n’est pas un pathétique appel à des « valeurs » tant clamées et si peu comprises qui les délogera.

PJ
19.10.2006













© Acontresens 2002-2008

fffs 06/10/2008 14:45

j'attend toujours la réponse a ma question!

mais_si 07/10/2008 10:13


Pendant deux jours, mardi 30 septembre et mercredi 1er octobre, le sommet du plus haut gratte-ciel de New York, l’édifice « préféré des américains »,  s’est illuminé en vert pour marquer
visuellement la fin du ramadan. Cette initiative lancée l’année dernière, inscrit désormais l'Aïd-el-fitr dans le calendrier des illuminations annuelles de l’Empire State Building.

Pour une ville comme New York (compte environ quatre cent mille musulmans), est-ce un signe de reconnaisance qui laisserait supposer une quelconque conclusion à laquelle tu
fais allusion?!