Israel, vote McCaïn ou Obama?

Publié le par mais_si

Israël vote John McCain

En Israël, McCain reste le plus populaire des candidats américains. Pourtant, Obama se déclare lui aussi pro-israélien. En juillet, il réaffirmait « la relation spéciale » entre Israël et les EU.

Israël vote McCain. Cette préférence de Tel Aviv pour les Républicains n’est pas une surprise. Déja, le président républicain Richard Nixon a su bénéficier du soutien israélien, en aidant le pays en 1973 lors de la guerre de Kippour. En revanche, Bill Clinton, président démocrate de 1993 à 2001, avait une fâcheuse tendance à s’afficher en compagnie de Yasser Arafat. Et cela, on n’aime guère en Israël. Encore aujourd’hui, le quotidien israélien Yediot aharonot explique que Clinton « a favorisé l’extension de la menace terroriste » alors que Nixon « reconnaissait l’importance d’Israël pour la sécurité américaine et en a fait la démonstration ».

L’Iran, encore et toujours !

« Inquiétude à Jérusalem sur la présidence d’Obama », avait titré, début 2008, le quotidien Maariv. Le journal explique que le manque d’expérience en politique étrangère du candidat démocrate éveille l’inquiétude. Sans parler de ses appels au dialogue avec l’Iran ! Encore que, lors d’une conférence de presse donnée aux côtés de Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, Barack Obama affirmait que « le monde devait empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire ». Mais cela n’a pas suffi à rassurer l’opinion israélienne.

Quelques semaines plus tard, l’ancien ambassadeur israélien à Washington, Danny Ayalon, écrivait dans le Jerusalem Post « qu’il faut suivre la candidature d’Obama avec une certaine inquiétude ». Encore une fois, sa politique à l’égard de Téhéran était mise en avant.

Obama israélocompatible ?

Pour couronner le tout, le candidat démocrate déclare, dans une interview pour le magazine Atlantique : « je pense que l’idée d’un Etat juif sécurisé est fondamentalement et nécessaire, étant donné l’histoire et l’existence d’antisémitisme ». Mais ajoute : « cela ne signifie pas que je serais d’accord avec chaque action de l’Etat d’Israël ».

Un ancien diplomate, Alon Pinkas, avait néammoins écrit, dans le Jérusalem Post, que la campagne menée sur Internet contre Barak Obama n’est que de la désinformation. « Obama n’est pas mauvais pour Israël. […] Il n’a jamais dépassé une limite que les israéliens estimeraient incompatible avec ce qu’une politique moyen-orientale pro-israélienne devrait être ».

« Le baiser empoisonné du Hamas »

Le clan républicain a trouvé un allié objectif en la personne d’Ahmed Yussuf, chef du Hamas. Lequel a déclaré : « nous espérons qu’Obama gagnera les élections ». Gêné, ce dernier a répondu, dans une interview à Atlantic.com, « Je peux imaginer qu’il y en a dans le monde arabe qui se disent : « Voici un homme qui a vécu dans un pays musulman, son deuxième prénom est Hussein, il a l’air plus réaliste, il a appelé à discuter avec des gens, alors il ne va pas se lancer dans le même genre de diplomatie « à la cow-boy » que George Bush », et c’est ce qui leur donne de l’espoir. Je crois que cette perception est tout à fait légitime, tant que mon soutien inébranlable à la sécurité d’Israël reste clair pour eux ». Un peu emberlificoté !

Afin de dissiper les craintes, Obama s’était rendu, en juillet dernier, en Israël. « Je suis ici pour réaffirmer, a t-il déclaré, la relation spéciale entre Israël et les États-Unis, mon attachement indéfectible à sa sécurité, et mon espoir que je pourrais être un partenaire efficace, que ce soit en tant que sénateur ou en tant que président, pour qu’advienne une paix plus durable dans la région ». Et le candidat démocrate en a remis des louches face au président Shimon Peres. Israël ? C’est, selon lui, un miracle durable. Et lorsqu’il rencontre Mahmoud Abbas, Barack Obama s’était abstenu de toute déclaration publique, en se contentant d’une simple poignée de mains devant les caméras.

Même cette poignée de mains, McCain ne l’avait pas accordé au leader palestinien. En mars, lors d’une tournée identique, le candidat républicain tout simplement zappé l’étape des Territoires palestiniens.

Encore un effort, Obama !


source: bakchich.info, jeudi 30 octobre par Feriel Alouti 

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anonyme 01/11/2008 16:19

dimanche, 18 mai 2008
Obama, Israël et les Juifs

Barack Obama aime-t-il assez Israël et les Juifs pour être président des Etats-Unis ?

Cette question, implicitement (et insidieusement) posée par les spin-doctors de John McCain et, dans une moindre mesure, d’Hillary Clinton, devient centrale dans la campagne électorale américaine.



Il y a, au moins, deux raisons à cela :



- dans certains grands Etats (comme la Floride), le vote de la communauté juive pourrait faire la différence le 2 novembre prochain. Il s’agit donc de la faire basculer d’un côté ou de l’autre.



- Plus généralement, laisser penser qu’Obama ne serait pas assez dur envers les ennemis d’Israël c’est laisser planer le doute sur sa fermeté envers les ennemis des Etats-Unis, et donc s’attirer les voix des Américains (de toutes religions) inquiets pour la sécurité de leur pays.



Obama a compris le danger et a décidé de réagir puissamment aux attaques.



Pour ce faire, il a notamment accordé une longue interview au grand journaliste Jeffrey Golberg sur le site internet du mensuel réputé "Atlantic Monthly" (à noter que Golderg publie ce matin dans le "New York Times" une intéressante tribune intitulée "le "problème américain" d'Israël").



J’ai pensé utile de traduire (rapidement) ce passionnant entretien à Atlantic.com (dont l’original en anglais est ici).



Vous constaterez que Goldberg a retranscrit tels quels les propos bruts d’Obama.

Interview de Barack Obama dans Atlantic.com


Jeffrey Goldberg.- Je suis curieux de vous entendre sur l’idée sioniste. Pensez-vous qu’elle a la justice de son côté ?


Barack Obama :Vous savez, quand je pense à l’idée sioniste, je pense à la façon dont mes sentiments envers Israël ont été forgés quand j’étais un jeune homme – un enfant, en fait.

Quand j’avais 11-12 ans, j’avais un moniteur de colonies qui était un Juif américain. Il avait passé du temps en Israël et pendant les deux semaines de cette colonie il m’a fait partagé ses idées sur le retour vers la terre promise et ce que cela avait signifié pour ceux qui avaient souffert de l’Holocauste, et il a parlé de l’idée de préserver sa culture quand on a enraciné au fond de soi l’idée de revenir dans la terre promise.

Il y avait quelque chose de si puissant et de si attirant pour moi, peut-être parce que j’étais un enfant qui ne s’est jamais entièrement senti enraciné. Cela a fait partie de mon éducation, de voyager et de connaître l’importance des valeurs et de la culture mais de vouloir aussi un endroit à moi. Telle est donc le premier souvenir qui remonte quand je pense à Israël.

Et puis cela se mélange avec une grande affinité avec l’idée de justice sociale qui fait partie, dès le début, du mouvement sioniste et le Kibboutz, et l’idée que non seulement on a trouvé un endroit à soi mais aussi que l’on a l’occasion de recommencer à zéro et de réparer les souffrances du passé. Je trouvais cela très attirant.

Q : Vous avez parlé du rôle des Juifs dans le développement de votre pensée.




B. Obama : J’ai toujours dit en plaisantant que ma formation intellectuelle s’est faite au travers d’universitaires et d’écrivains juifs, et cela bien que je ne le sache pas à l’époque.

Que ce soient des théologiens ou Philip Roth qui m’a aidé à forger ma sensibilité, ou des écrivains populaires comme Leon Uris [l’auteur d’ »Exodus »].

Donc quand je suis devenu plus conscient politiquement, mon point de départ, quand je pense au Moyen-Orient, est cette immense attachement émotionnel et cette sympathie envers Israël, conscient de son histoire, conscient des difficultés et de la douleur et de la souffranaussi conscient que l’incroyable occasion qui se présente quand un peuple rentre finalement vers un pays et est capable d’essayer de prendre le meilleur de ses tradition et de lui-même. Et évidemment cela est en grande résonance avec l’expérience Afro-américaine.

Une des choses les plus décevantes […] c’est la fin de ce que je pense être l’affinité naturelle entre la communauté afro-américaine et la communauté juive, chose qui avait été profondément comprise par les leaders juifs et noirs au début du mouvement des droits civiques mais qui s’est brouillée pour toute une série de raisons sur lesquelles vous et moi n’avons pas besoin de revenir.


Q : Pensez-vous que la justice est toujours du côté d’Israël ?


B. Obama :Je pense que l’idée d’un Etat juif en sécurité est fondamentalement juste et nécessaire, étant données non seulement l’histoire du monde mais la persistance de l’antisémitisme, la vulnérabilité potentielle que le peuple juif pourrait encore connaître.

Je sais que certains diront que, d’une certaine manière, l’Amérique est devenue un refuge pour le peuple juif, mais si vous avez connu l’Holocauste, cela ne vous donne pas le même sentiment de confiance et de sécurité que l’idée que les Juifs peuvent s’occuper d’eux-mêmes quelles que soient les circonstances. Cela en fait une idée fondamentalement juste.

Cela ne vaut pas dire que je suis d’accord avec tout ce que fait l’Etat d’Israël, parce qu’il a un gouvernement, des hommes politiques et, en tant qu’homme politique, je suis profondément conscient du fait que nous sommes des créatures imparfaites et que nous n’agissons pas toujours avec le sens de la justice en permanence présent à l’esprit.

Mais l’idée fondamentale d’Israël et la nécessité de préserver un Etat juif en sécurité est, je crois, une idée juste et elle devrait être soutenue ici aux Etats-Unis et à travers le monde.

Q.- Pour en venir à la question "kishke", la question de l’attachement viscéral : l’idée que si les Juifs savent que vous les aimez, alors vous pouvez dire tout ce vous voulez à propos d’Israël, mais si l’on ne vous connaît pas –Jim Baker, Zbigniew Brzezinski – alors tout devient suspect. Il semble que dans certains endroits, en Floride et ailleurs, il y ait le sentiment que vous ne ressentez pas les choses de la même façon qu’un sénateur de Sénateur [Hillary Clinton est sénatrice de New York].


B. Obama :Je trouve cela vraiment très intéressant. Je pense que l’idée d’Israël et la réalité d’Israël sont importantes pour moi personnellement. Parce que cela entre en résonance avec ma propre histoire de déracinement,
ce que le peuple juif a subi, mais
avec l’histoire afro-américaine de l’exode, cela décrit comment, dans l’histoire, on a réussi à surmonter de grandes difficultés et on a, avec courage et engagement, réussi à faire sortir la démocratie et la prospérité d’une terre aride.

L’une des choses que j’ai aimé en Israël, quand j’y suis allé, c’est que ce pays est une métaphore de la renaissance. Ce que j’aime aussi à propos d’Israël c’est le fait que les gens discutent de ces questions là et qu’ils se posent des questions morales.

Parfois je suis attaqué dans la presse qui dit que je réfléchi trop. Mon équipe me taquine parfois à propos de mes angoisses sur des questions morales. Je pense que j’ai appris, en partie dans la pensée juive, que nos actions portent à conséquences et qu’elles ont de l’importance et que nous devons respecter des impératifs moraux.

Si vous regardez mes écrits et mon histoire, vous verrez que mon engagement pour Israël et le peuple juif n’est pas de surface et qu’il est plus qu’une simple manoeuvre politicienne.

Quant à la question des « tripes », j’ai d’ardents partisans parmi mes amis juifs à Chicago. Je ne pense pas que les gens ont remarqué avec quelle vigueur ils me défendent et à quel point ils occupent une place centrale dans mon succès, parce qu’ils me connaissent depuis suffisamment longtemps pour savoir ce que j’ai dans les « tripes ».

Pendant l’épisode Wright [le pasteur, ami d’Obama, qui a tenu des propos incendiaires], ils n’ont pas flanché une minute, parce qu’ils me connaissent et me font confiance et ils m’ont vu agir dans des situations politiques difficiles.


L’ironie de tout cela est qu’au tout début de ma vie politique à Chicago, certains, dans la communauté noire, m’attaquaient parce que j’étais trop proche des Juifs.

Quand je me suis présenté contre Bobby Ruch au Congrès, la perception des gens était que j’étais Hyde Park [quartier résidentiel « bobo » de Chicago, situé près de l’Université], que j’avais tous ces amis juifs. Quand j’ai commencé dans la politique, les deux organisateurs de ma campagne à Chicago étaient juifs et j’ai été attaqué pour cela.

Donc j’ai été coincé [littéralement « dans un trou de renard »] avec mes amis juifs, et je trouve curieux de voir aujourd’hui questionner, au niveau national, mon engagement [envers les Juifs],

Q.- Pourquoi, à voire avis, Ahmed Yousef du Hamas a-t-il dit ce qu’il a dit à votre sujet [conseiller du Hamas, Yousef, a déclaré : « nous aimons bien Obama, nous espérons qu’il va gagner »] ?


B. Obama :Ma position au sujet du Hamas n’est peut être distinguée de celles d’Hillary Clinton ou de John McCain.

J’ai dit qu’il s’agissait d’une organisation terroriste et je l’ai condamnée à plusieurs reprises.

J’ai dit à plusieurs reprises, et je pense ce que je dis : puisqu’ils sont une organisation terroriste, nous ne devons pas traiter avec eux tant qu’ils ne reconnaîtront pas Israël, tant qu’ils ne renonceront pas au terrorisme et tant qu’ils ne respecteront pas les accords passés.


Q.- Cela vous a-t-il embarrassé ?
Obama : Cela ne m’a pas embarrassé. Je pense que ce qui arrive là est dû aux mêmes raisons que celles pour lesquelles il y a une certaine suspicion à mon égard dans la communauté juive.

Ecoutez, nous ne donnons pas tellement dans la nuance en politique, surtout quand il s’agit du Moyen-Orient. Nous voyons les choses en noir et blanc, pas en gris.

Je peux imaginer qu’il y en a dans le monde arabe qui se disent : « Voici un homme qui a vécu dans un pays musulman, son deuxième prénom est Hussein, il a l’air plus réaliste, il a appelé à discuter avec des gens, alors il ne va pas se lancer dans le même genre de diplomatie « à la cow-boy » que George Bush », et c’est ce qui leur donne de l’espoir. Je crois que cette perception est tout à fait légitime, tant que mon soutien inébranlable à la sécurité d’Israël reste clair pour eux.

Lorsque j’ai visité Ramallah, j’ai rencontré un groupe d’étudiants palestiniens et je leur ai dit, entre autre, la chose suivante : « Ecoutez, les gars, je vous comprends, et je comprends que vous avez besoin d’un pays qui marche, mais sachez que si vous vous attendez à ce que l’Amérique se distancie d’Israël, vous rêvez. Puisque mon attachement, notre attachement à la sécurité d’Israël est non négociable ». Je l’ai dit devant des auditoires qui, s'ils avaient des doutes quant à ma position, n’auraient pas manqué de les exprimer.

Lorsqu’Israël a envahi le Liban il y a deux ans, j’étais en Afrique du Sud. Évidemment, ce n’est pas les Etats-Unis, et on y entend plus de commentaires critiques sur les actions d’Israël, alors on m’a posé des questions là-dessus lors d’une conférence de presse, et là, comme pendant tout l’été, j’ai été catégorique sur le droit d’Israël de se défendre.

J’ai dit qu’il n’y a pas un seul Etat sur terre qui se laisserait faire s’il avait deux soldats kidnappés.

Alors je me réjouis que le monde arabe réalise que je suis prêt à ouvrir un dialogue et prêt à abandonner la politique unilatéraliste de George Bush, mais ce serait une erreur de penser que je suis moins déterminélorsqu’il s’agit de combattre le terrorisme, de protéger la sécurité d’Israël ou d’assurer la force et la fermeté de l’alliance. Vous ne verrez en aucun cas notre attachement à la sécurité d’Israël se relâcher sous ma présidence.

Q.- Que pensez-vous de l’idée de Jimmy Carter selon laquelle Israël ressemble à un pays d’apartheid ?


B. Obama : Je rejette catégoriquement une telle caractérisation.

Israël est une démocratie vivante, la seule au Moyen Orient. Israël et les Palestiniens ont sans aucun doute des problèmes difficiles à régler afin de réaliser l’objectif d’avoir deux états qui vivraient côte à côte, dans la paix et la sécurité, mais injecter le terme d’« apartheid » dans la discussion ne sert pas cet objectif. C’est émotionnellement chargé, historiquement inadapté, et ce n’est pas ce que je crois.

Q.- Pensez-vous qu’Israël soit un boulet pour la réputation de l’Amérique à l’étranger ?

B. Obama : Non, non, non. Mais je pense que cette blessure permanente, cette plaie permanente, infecte toute notre politique étrangère.

Le non règlement de ce problème fournit un prétexte aux militants jihadistes antiaméricains pour perpétrer des actions inexcusables, et c’est donc de notre intérêt national de le régler, et je crois également que c’est de l’intérêt sécuritaire d’Israël parce que je crois que le statu quo est intenable.

Je suis absolument convaincu de cela et une partie des tensions qui peuvent exister entre moi et quelques éléments les plus « faucons » de la communauté juive américaine provient du fait que je ne vais pas adhérer aveuglément à toutes les positions les plus « faucons » juste parce que ce serait plus sûr politiquement.

Je veux régler ce problème, et donc mon job, en tant qu’ami d’Israël, est en partie de présenter un miroir et dire la vérité et dire que si Israël construit des implantations sans se soucier des effets que cela a sur le processus de paix, alors nous serons enlisés dans le même statu quo dans lequel nous sommes enlisés depuis des décennies, et que cela n’enlèvera pas la menace existentielle.

L’idée qu’une société active, qui réussi et qui connaît une croissance économique incroyable et une vitalité culturelle incroyable est toujours tourmentée par l’idée que tout cela peut s’arrêter n’importe quand, et bien, vous savez, je ne sais pas ce que cela fait ressentir, mais je peux mobiliser mon imagination pour le comprendre. Je ne voudrais pas élever mes enfants dans de telles circonstances. Je veux m’assurer que les citoyens d’Israël, quand ils embrassent leurs enfants et les mettent dans un bus, ne ressentent pas plus cette menace existentielle que n’importe quels parents quand ils quittent leurs enfants des yeux. Alors se pose la question : est-ce que la politique d’implantation conduit à réduire cela sur la durée ou est-ce qu’elle rend la situation pire ? C’est cette question que l’on doit se poser.

Figaro.fr
George Bush attaque
Obama depuis Jérusalem
Dans une démarche inhabituelle, le président plonge dans la campagne en critiquant les projets du candidat démocrate au Proche-Orient.
La flèche était inattendue de la part d'un président qui s'est gardé jusqu'ici de prendre position dans les primaires démocrates, et d'autant plus inhabituelle qu'elle a été tirée de l'étranger. De la tribune du Parlement israélien, jeudi, George W. Bush a lancé une attaque indirecte, mais à peine voilée, contre Barack Obama. «Certains semblent croire que nous devrions négocier avec les terroristes et les radicaux, a déclaré le président américain. Certains suggèrent que les États-Unis devraient simplement rompre leurs liens avec Israël et que tous nos problèmes au Proche-Orient disparaîtraient.»

Comparant cette posture avec celle des Munichois avant la Seconde Guerre mondiale, Bush a dénoncé «le confort illusoire de l'apaisement, qui a été constamment discrédité par l'histoire». La saillie a fait l'effet d'un pavé dans la mare électorale américaine. Le sénateur de l'Illinois n'est pas cité, mais il s'est senti visé. «Il est navrant de constater que le président Bush se sert d'un discours à l'occasion du 60e anniversaire d'Israël pour lancer une attaque politicienne infondée, a-t-il déclaré dans un communiqué. Bush sait que je n'ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes.» Son porte-parole, Robert Gibbs, est monté au créneau pour dénoncer «une attaque sans précédent lancée de l'étranger», d'autant plus «malheureuse» qu'elle émane du champion de «la diplomatie du cow-boy.» La porte-parole de la Maison-Blanche a balayé la polémique avec une pirouette : «Les candidats en campagne s'imaginent parfois que le monde tourne autour d'eux, mais en l'espèce, ce n'est pas vrai.»

Une plaie constante»

La formule utilisée par le président fait pourtant une référence transparente à des positions controversées du sénateur de l'Illinois. Pour s'être déclaré ouvert à un dialogue direct avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et pour avoir été complimenté par un dirigeant du Hamas palestinien, Barack Obama se retrouve la cible d'attaques de ses concurrents et d'une insidieuse campagne de calomnie. John McCain, le prétendant républicain à la Maison-Blanche, a désigné son probable adversaire comme «le candidat préféré du Hamas», se présentant par contraste comme «le pire cauchemar» de cette organisation terroriste au regard de la loi américaine.

Des courriels circulent sur Internet présentant Obama comme un musulman qui aurait prêté serment sur le Coran et serait affilié au leader noir Louis Farrakhan, auteur de déclarations antisémites. De nombreux responsables de la communauté juive ont condamné ces rumeurs «ignominieuses», sans y mettre fin.

Dans son programme de politique étrangère, le candidat démocrate se prononce en faveur «d'une diplomatie présidentielle ferme et directe avec l'Iran, sans conditions préalables». Susan Rice, sa principale conseillère pour les affaires étrangères, souligne que «sans conditions préalables ne signifie pas sans préparations». Robert Gates, le secrétaire à la Défense de Bush, vient d'ailleurs d'appeler lui-même à «un dialogue utile» avec le régime de Téhéran. Sur Israël, Obama affirme son «soutien inébranlable» à l'État juif et reconnaît son «droit à l'autodéfense». Dans une interview ce mois-ci à l'hebdomadaire Atlantic Monthly, il qualifie le sionisme «d'idée juste et nécessaire» et évoque «l'affinité naturelle entre les communautés afro-américaine et juive». Mais il dénonce aussi le blocage du processus de paix comme «une plaie constante». Ses positions lui ont valu jusqu'ici d'être distancé par Hillary Clinton auprès de la communauté juive, traditionnellement démocrate. Or, en novembre, les électeurs juifs pourraient faire la différence dans des États très disputés comme la Floride ou la Pennsylvanie.


Les jeunes Juifs se mobilisent pour Obama
La Floride est devenue un lieu de villégiature pour de nombreux retraités. Parmi eux, les électeurs juifs sont un enjeu pour les démocrates dans un État qui avait scellé la victoire du républicain George W. Bush en 2000. Crédits photo : AFP
Dans l'État clé de la Floride, ils sont venus nombreux pour participer au «Great Schlep», ce mouvement qui invite les jeunes Juifs à faire campagne auprès de leurs parents, pour le candidat démocrate.

Mandy Levenberg, 36 ans, titulaire d'un MBA de l'Université de Chicago, experte en marketing dans la célèbre firme Iconoculture, est ce qu'on appelle en Amérique une successful professional. Qu'est-ce qui a donc pu pousser cette jolie jeune femme à sacrifier un long week-end, à laisser son mari et leurs deux filles dans leur maison de Seattle, à traverser en avion à ses frais tout le pays d'ouest en est, pour se retrouver ce samedi matin dans un centre commercial sans intérêt du sud de la Floride, derrière une table d'écolier, à cocher des noms sur une liste, un téléphone à la main ? Ici, à Delray, au numéro 14537-C de Military Trail, une avenue à six voies de 70 km de long traversant du nord au sud le comté de Palm Beach, nous sommes au quartier général de la campagne d'Obama pour le sud de la Floride. Le local de 400 m² éclairé au néon, recouvert de posters prônant «l'espoir» et le «changement», envahi de militants de tous âges, respire la ferveur mais aussi la plus méticuleuse organisation.
Nous allons mettre des années à nous remettre de Bush»

Mandy a répondu oui à un mouvement développé sur Internet sous le nom de Great Schlep (mot venant du yiddish, qu'on pourrait traduire par «grand crapahutage»), qui invite les jeunes Juifs à aller faire campagne pour Obama auprès de leurs parents et grands-parents. Le mail qu'elle a reçu du «conseil juif pour l'éducation et la recherche», une association politique créée en juillet, contenait, en pièce jointe, une vidéo comique de l'actrice satirique Sarah Silverman, l'invitant à «bouger ses grosses fesses juives» et affirmant qu'elle blâmerait les Juifs toute sa vie si Obama perdait. «Quand j'ai vu la vidéo, je l'ai trouvée à fois marrante et pertinente. Mais c'est après avoir visionné Recount, qui m'a littéralement horrifiée, que je me suis vraiment décidée pour mon schlep.» Recount est un docu-fiction, qui retrace la lamentable cacophonie du dépouillement électoral de la Floride en 2000. En refusant un recompte des voix, la Cour suprême des États-Unis avait donné la présidence à Bush, contre un Al Gore qui avait remporté nationalement le suffrage populaire.

«L'élection de Bush a été une catastrophe pour notre pays. Nous allons mettre des années à nous en remettre. Ce que je fais aujourd'hui, je le fais pour mes filles. J'ai envie qu'elles puissent voyager à travers la planète sans qu'on les haïsse !, s'exclame Mandy. En élisant Obama, nous montrerions au monde que nous avons enfin progressé ! Et j'ai compris qu'il était crucial de gagner la Floride.»

Pour Obama, gagner l'immense swing state de Floride (27 grands électeurs sur un collège qui en compte 540), c'est mécaniquement gagner l'élection nationale. Dans le comté de Palm Beach, où l'on compte quelque 27 synagogues, 40 % des 800 000 électeurs sont juifs. Pour la plupart, des retraités, originaires de New York ou du New Jersey. Mandy va commencer son porte-à-porte d'indécis par sa propre grand-mère, qui vit dans la très chic station balnéaire de Boca Raton, au sud de Palm Beach. Tous ces retraités ont reçu des dizaines de mails mensongers, provenant d'officines républicaines, leur affirmant qu'Obama était musulman et que, lors de son élection au Sénat, il «avait prêté serment, la main sur le Coran». La vérité est qu'Obama, élevé par une mère athée, s'est converti jeune homme au christianisme, après avoir lu saint Augustin. Ses deux filles sont baptisées et, chez les Obama, on dit le bénédicité avant de passer à table.


«Dégoûtée par la calomnie»

Pour trouver la preuve que ces mensonges ont la vie dure, il suffit de traverser l'avenue et d'aller déguster un jewish deli chez Ben's Bagels, à côté du supermarché casher Glick's de Delray. Ici, il n'y a que les serveuses noires qui soient goys. Laura, retraitée originaire de Brooklyn, pourtant démocrate depuis toujours, se demande devant ses amies médusées quels «liens Obama entretient avec al-Qaida».
Mensonges, mensonges, mensonges. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis dégoûtée par cette campagne calomnieuse contre Obama ; ils tentent de reproduire leur manip de 2004 contre Kerry, faisant passer cet officier décoré du Vietnam pour un lâche, et Bush, qui s'était pourtant planqué, pour un héros !», s'exclame en français une cliente voisine. Ginette Kitmacher, 82 ans, est une war bride, qui a épousé un soldat américain à Marseille en septembre 1944, après s'être échappée deux ans plus tôt de Drancy grâce à l'humanité d'un capitaine de gendarmerie français. Plus de soixante ans passés aux États-Unis ne lui ont pas fait perdre l'accent parigot de son IIIe arrondissement natal.

À la permanence électorale de Delray, pour aider les volontaires du porte-à-porte démocrate, on trouve des piles de prospectus rappelant l'engagement pro-israélien des sénateurs Barack Obama et Joe Biden, avec un extrait du discours du candidat démocrate devant l'American Israeli Public Affairs Committee, le principal lobby pro-israélien du pays : «J'amènerai à la Maison-Blanche un engagement indéfectible à la sécurité d'Israël… Je ferai en sorte qu'Israël puisse se défendre de toute menace, qu'elle vienne de Gaza ou de Téhéran.»

Dehors, devant la permanence balayée par le vent chaud de la mer, se tient une vieille dame rieuse, qui invite les passants à s'enrôler pour Obama. Rachel Burstein, médecin acupuncteur à la retraite, arbore un badge proclamant «Obama is a mensch». Mensch est un mot yiddish signifiant un homme à la fois bon, instruit, sincère et courageux. «En envahissant l'Irak, Bush a desservi la sécurité d'Israël ; il a permis à tous les terroristes de trouver un terrain d'entente. C'est à ses amis saoudiens qu'il aurait dû s'en prendre !»

Rachel raconte que le rabbin Agler, de la synagogue B'nai Israël de Boca Raton, a mis en garde ses ouailles contre la propagation des calomnies anti-Obama, lors d'un sermon à la veille du Yom Kippour. «Il nous a cité les passages de la Torah condamnant le lashon harah, c'est-à-dire la propagation de fausses rumeurs visant à détruire la réputation d'autrui. Il nous a invités à détruire les e-mails mensongers. Sans appeler explicitement à voter pour Obama, il nous a rappelé que les Juifs, instruits par leur histoire, avaient le devoir de combattre la calomnie et le racisme.»


«Réticents parce qu'il est noir»de vieux Juifs sont encore réticents à l'égard d'Obama parce qu'il est noir. Mais ils ne le reconnaîtront jamais et prétexteront toujours son prétendu “manque d'expérience”. C'est à nous de leur rappeler à quel point les Juifs ont jadis souffert du racisme, y compris en Amérique !» En 2000, Al Gore avait recueilli 79 % du vote juif. Mais Samuel est préoccupé par un sondage qui dit qu'Obama n'atteindrait pas ce pourcentage aujourd'hui.

À 11 heures ce samedi, le silence se fait soudain dans le quartier général, où se tiennent près de 500 volontaires de tous âges. Wyatt, un jeune homme blond en jean et chemise bleue, commence à exposer la stratégie du QG pour les trois semaines et demi précédant l'élection. C'est un staffer (un «permanent»), goy, venu tout exprès de Chicago, qui a l'air de sortir tout droit de l'université. Mais, le micro à la main, il s'exprime déjà avec l'assurance des vieux politiques. Tout est passé en revue dans l'organisation des mille «équipes de proximité» quadrillant la Floride : la recherche puis le démarchage des électeurs indécis, le vote par correspondance, le voiturage des handicapés et des pauvres, le placement d'avocats volontaires auprès de chacun des bureaux de vote, etc. Wyatt dit qu'il est prouvé que sur douze électeurs correctement démarchés, l'un passe fatalement du bon côté.

À midi, le briefing achevé, les militants s'ébrouent pour se mettre au travail. À une écrasante majorité, ils sont juifs. Mais il y a aussi quelques mamas noires. L'une d'elle arbore un tee-shirt avec Martin Luther King, Barack Obama et ce slogan : «Le rêve est en train de devenir réalité !» Mandy Levenberg sourit : «En écoutant son magnifique discours à la convention démocrate, où il a dit qu'il n'y avait pas d'Amérique bleue ni d'Amérique rouge mais qu'une seule Amérique, j'ai compris ce qui m'attirait le plus chez Obama : loin d'être un diviseur du pays, il en sera l'unificateur .

Et pour finir je citerai David grossman

"Notre famille a perdu la guerre"
par David Grossman


Mon cher Uri,

Voilà trois jours que presque chacune de nos pensées commence par une
négation. Il ne viendra plus, nous ne parlerons plus, nous ne rirons plus.
Il ne sera plus là, ce garçon au regard ironique et à l'extraordinaire sens
de l'humour. Il ne sera plus là, le jeune homme à la sagesse bien plus
profonde qu'elle ne l'est à cet âge, au sourire chaleureux, à l'appétit
plein de santé. Elle ne sera plus, cette rare combinaison de détermination
et de délicatesse. Absents désormais, son bon sens et son bon coeur.

Nous n'aurons plus l'infinie tendresse d'Uri, et la tranquillité avec
laquelle il apaisait toutes les tempêtes. Nous ne regarderons plus ensemble
les Simpson ou Seinfeld, nous n'écouterons plus avec toi Johnny Cash et nous
ne sentirons plus ton étreinte forte. Nous ne te verrons plus marcher et
parler avec ton frère aîné Yonatan en gesticulant avec fougue, et nous ne te
verrons plus embrasser ta petite soeur Ruti que tu aimais tant.

Uri, mon amour, pendant toute ta brève existence, nous avons tous appris de
toi. De ta force et de ta détermination à suivre ta voie, même sans
possibilité de réussite. Nous avons suivi, stupéfaits, ta lutte pour être
admis à la formation des chefs de char. Tu n'as pas cédé à l'avis de tes
supérieurs, car tu savais pouvoir faire un bon chef et tu n'étais pas
disposé à donner moins que ce dont tu étais capable. Et quand tu y es
arrivé, j'ai pensé : voilà un garçon qui connaît de manière si simple et si
lucide ses possibilités. Sans prétention, sans arrogance. Qui ne se laisse
pas influencer par ce que les autres disent de lui. Qui trouve la force en
lui-même.

Depuis ton enfance, tu étais déjà comme ça. Tu vivais en harmonie avec
toi-même et avec ceux qui t'entouraient. Tu savais quelle était ta place, tu
étais conscient d'être aimé, tu connaissais tes limites et tes vertus. Et en
vérité, après avoir fait plier toute l'armée et avoir été nommé chef de
char, il est apparu clairement quel type de chef et d'homme tu étais. Et
aujourd'hui, nous écoutons tes amis et tes soldats parler du chef et de
l'ami, celui qui se levait le premier pour tout organiser et qui n'allait se
coucher que quand les autres dormaient déjà.

Et hier, à minuit, j'ai contemplé la maison, qui était plutôt en désordre
après que des centaines de personnes étaient venues nous rendre visite pour
nous consoler, et j'ai dit : il faudrait qu'Uri soit là pour nous aider à
ranger.
Tu étais le gauchiste de ton bataillon, mais tu étais respecté, parce que tu
restais sur tes positions sans renoncer à aucun de tes devoirs militaires.
Je me souviens que tu m'avais expliqué ta "politique des barrages
militaires", parce que toi aussi, tu y avais passé pas mal de temps, sur ces
barrages. Tu disais que s'il y avait un enfant dans la voiture que tu venais
d'arrêter, tu cherchais avant tout à le tranquilliser et à le faire rire. Et
tu te rappelais ce garçonnet plus ou moins de l'âge de Ruti, et la peur que
tu lui faisais, et combien il te détestait, avec raison. Pourtant tu faisais
ton possible pour lui rendre plus facile ce moment terrible, tout en
accomplissant ton devoir, sans compromis.

Quand tu es parti pour le Liban, ta mère a dit que la chose qu'elle
redoutait le plus c'était ton "syndrome d'Elifelet". Nous avions très peur
que, comme l'Elifelet de la chanson, tu te précipites au milieu de la
mitraille pour sauver un blessé, que tu sois le premier à te porter
volontaire pour le
réapprovisionnement-des-munitions-épuisées-depuis-longtemps. Et que là-haut,
au Liban, dans cette guerre si dure, tu ne te comportes comme tu l'avais
fait toute ta vie, à la maison, à l'école et au service militaire, proposant
de renoncer à une permission parce qu'un autre soldat en avait plus besoin
que toi, ou parce que tel autre avait chez lui une situation plus difficile.

Tu étais pour moi un fils et un ami. Et c'était la même chose pour ta maman.
Notre âme est liée à la tienne. Tu vivais en paix avec toi-même, tu étais de
ces personnes auprès de qui il fait bon être. Je ne suis même pas capable de
dire à haute voix à quel point tu étais pour moi "quelqu'un avec qui courir"
(titre d'un des derniers romans de ).

Chaque fois que tu rentrais en permission, tu disais : viens, papa, qu'on
parle. Habituellement, nous allions nous asseoir et discuter dans un
restaurant. Tu me racontais tellement de choses, Uri, et j'étais fier
d'avoir l'honneur d'être ton confident, que quelqu'un comme toi m'ait
choisi.
Je me souviens de ton incertitude, une fois, à l'idée de punir un soldat qui
avait enfreint la discipline. Combien tu as souffert parce que cette
décision allait mettre en rage ceux qui étaient sous tes ordres et les
autres chefs, bien plus indulgents que toi devant certaines infractions.
Punir ce soldat t'a effectivement coûté beaucoup du point de vue des
rapports humains, mais cet épisode précis s'est ensuite transformé en l'une
des histoires cardinales de l'ensemble du bataillon, établissant certaines
normes de comportement et de respect des règles. Et lors de ta dernière
permission, tu m'as raconté, avec une fierté timide, que le commandant du
bataillon, pendant une conversation avec quelques officiers nouvellement
arrivés, avait cité ta décision en exemple de comportement juste de la part
d'un chef.

Tu as illuminé notre vie, Uri. Ta mère et moi, nous t'avons élevé avec
amour. C'était si facile de t'aimer de tout notre coeur, et je sais que toi
aussi tu étais bien. Que ta courte vie a été belle. J'espère avoir été un
père digne d'un fils tel que toi. Mais je sais qu'être le fils de Michal
l'épouse de veut dire grandir avec une générosité, une grâce et un amour
infini, et tu as reçu tout cela. Tu l'as reçu en abondance et tu as su
l'apprécier, tu as su remercier, et rien de ce que tu as reçu n'était un dû
à tes yeux.

En ces moments, je ne dirai rien de la guerre dans laquelle tu as été tué.
Nous, notre famille, nous l'avons déjà perdue. Israël, à présent, va faire
son examen de conscience, et nous nous renfermerons dans notre douleur,
entourés de nos bons amis, abrités par l'amour immense de tant de gens que
pour la plupart nous ne connaissons pas, et que je remercie pour leur
soutien illimité.

Je voudrais tant que nous sachions nous donner les uns aux autres cet amour
et cette solidarité à d'autres moments aussi. Telle est peut-être notre
ressource nationale la plus particulière. C'est là notre grande richesse
naturelle. Je voudrais tant que nous puissions nous montrer plus sensibles
les uns envers les autres. Que nous puissions nous délivrer de la violence
et de l'inimitié qui se sont infiltrées si profondément dans tous les
aspects de nos vies. Que nous sachions nous raviser et nous sauver
maintenant, juste au dernier moment, car des temps très durs nous attendent.

Je voudrais dire encore quelques mots. Uri était un garçon très israélien.
Son nom même est très israélien et hébreu. Uri était un condensé de
l'israélianité telle que j'aimerais la voir. Celle qui est désormais presque
oubliée. Qui est souvent considérée comme une sorte de curiosité.

Parfois, en le regardant, je pensais que c'était un jeune homme un peu
anachronique. Lui, Yonatan et Ruti. Des enfants des années 1950. Uri, avec
son honnêteté totale et sa façon d'assumer la responsabilité de tout ce qui
se passait autour de lui. Uri, toujours "en première ligne", sur qui on
pouvait compter. Uri avec sa profonde sensibilité envers toutes les
souffrances, tous les torts. Et capable de compassion. Ce mot me faisait
penser à lui chaque fois qu'il me venait à l'esprit.

C'était un garçon qui avait des valeurs, terme tant galvaudé et tourné en
dérision ces dernières années. Car dans notre monde dément, cruel et
cynique, il n'est pas "cool" d'avoir des valeurs. Ou d'être humaniste. Ou
sensible à la détresse d'autrui, même si autrui est ton ennemi sur le champ
de bataille.

Mais j'ai appris d'Uri que l'on peut et l'on doit être tout cela à la fois.
Que nous devons certes nous défendre. Mais ceci dans les deux sens :
défendre nos vies, mais aussi s'obstiner à protéger notre âme, s'obstiner à
la préserver de la tentation de la force et des pensées simplistes, de la
défiguration du cynisme, de la contamination du coeur et du mépris de
l'individu qui sont la vraie, grande malédiction de ceux qui vivent dans une
zone de tragédie comme la nôtre
Uri était aussi un garçon amusant, d'une drôlerie et d'une sagacité
incroyables, et il est impossible de parler de lui sans raconter certaines
de ses "trouvailles". Par exemple, quand il avait 13 ans, je lui dis :
imagine que toi et tes enfants puissiez un jour aller dans l'espace comme
aujourd'hui nous allons en Europe. Il me répondit en souriant : "L'espace ne
m'attire pas tellement, on trouve tout sur la Terre."

Une autre fois, en voiture, Michal et moi parlions d'un nouveau livre qui
avait suscité un grand intérêt et nous citions des écrivains et des
critiques. Uri, qui devait avoir neuf ans, nous interpella de la banquette
arrière : "Eh les élitistes, je vous prie de noter que vous avez derrière
vous un simplet qui ne comprend rien à ce que vous dites !"

Ou par exemple, Uri qui aimait beaucoup les figues, tenant une figue sèche à
la main : "Dis papa, les figues sèches c'est celles qui ont commis un péché
dans leur vie antérieure ?"

Ou encore, une fois que j'hésitais à accepter une invitation au Japon :
"Comment pourrais-tu refuser ? Tu sais ce que ça veut dire d'habiter le seul
pays où il n'y a pas de touristes japonais ?"

Chers amis, dans la nuit de samedi à dimanche à trois heures moins vingt, on
a sonné à notre porte et dans l'interphone et un officier s'est annoncé. Je
suis allé ouvrir et j'ai pensé ça y est : la vie est finie.

Mais cinq heures après, quand Michal et moi sommes rentrés dans la chambre
de Ruti et l'avons réveillée pour lui donner la terrible nouvelle, Ruti,
après les premières larmes, a dit : "Mais nous vivrons n'est-ce pas ? Nous
vivrons et nous nous promènerons comme avant. Je veux continuer à chanter
dans la chorale, à rire comme toujours, à apprendre à jouer de la guitare."
Nous l'avons étreinte et nous lui avons dit que nous allions vivre et Ruti a
dit aussi : "Quel trio extraordinaire nous étions Yonatan, Uri et moi."

Et c'est vrai que vous êtes extraordinaires. Yonatan, toi et Uri vous
n'étiez pas seulement frères, mais amis de coeur et d'âme. Vous aviez un
monde à vous, un langage à vous et un humour à vous. Ruti, Uri t'aimait de
toute son âme. Avec quelle tendresse il s'adressait à toi. Je me rappelle
son dernier coup de téléphone, après avoir exprimé son bonheur qu'un
cessez-le-feu ait été proclamé par l'ONU, il a insisté pour te parler. Et tu
as pleuré, après. Comme si tu savais déjà.

Notre vie n'est pas finie. Nous avons seulement subi un coup très dur. Nous
trouverons la force pour le supporter, en nous-mêmes, dans le fait d'être
ensemble, moi, Michal et nos enfants et aussi le grand-père et les
grands-mères qui aimaient Uri de tout leur coeur - ils l'appelaient Neshumeh
(ma petite âme) - et les oncles, tantes et cousins, et ses nombreux amis de
l'école et de l'armée qui nous suivent avec appréhension et affection.

Et nous trouverons la force aussi dans Uri. Il possédait des forces qui nous
suffiront pour de nombreuses années. La lumière qu'il projetait - de vie, de
vigueur, d'innocence et d'amour - était si intense qu'elle continuera à nous
éclairer même après que l'astre qui la produisait s'est éteint. Notre amour,
nous avons eu le grand privilège d'être avec toi, merci pour chaque moment
où tu as été avec nous.

Papa, maman, Yonatan et Ruti.


Auteur d'une douzaine de romans traduits dans le monde entier, David
Grossman est l'une des figures les plus marquantes de la littérature
israélienne.

Né à Jérusalem en 1954, il s'est rendu célèbre avec sa première oeuvre, Le
Vent jaune, dans laquelle il décrivait les souffrances imposées par
l'occupation militaire israélienne aux Palestiniens.

Quelques jours avant la mort de son fils, il avait lancé, avec les écrivains
Amos Oz et A. B. Yehoshua, d'abord dans une tribune publiée par Haaretz,
puis lors d'une conférence de presse, un appel au gouvernement israélien
pour qu'il mette fin aux opérations militaires au Liban. Les trois hommes de
lettres, considérés comme proches du "camp de la paix", avaient soutenu la
riposte à l'attaque du Hezbollah, mais estimaient inutile l'extension de
l'offensive décidée le 9 août.

Principaux ouvrages de David Grossman en français (tous publiés au Seuil) :
J'écoute mon corps (2005) ; L'Enfant zigzag (2004) ; Quelqu'un avec qui
courir (2003) ; Chroniques d'une paix différée (avec Jean-Luc Allouche,
2003) ; Tu seras mon couteau (2000) ; Voir ci-dessous amour (1991) ; Le Vent
jaune (1988).